Une soirée, quatre ballets : l’Oiseau de feu de Maurice Béjart, l’Après-midi d’un faune de Nijinski, Afternoon of a faun de Jerome Robbins et Boléro, création de Sidi Larbi Cherkaoui et Damien Jalet
L’Oiseau de feu de Maurice Béjart ouvrait cette soirée avec, dans le rôle-titre, Mathias Heymann, que l’on a plaisir à revoir depuis quelques semaines, après une longue période de repos forcé. Le danseur étoile m’a semblé rester prudent quoique convaincant sur le plan technique. J’ai beaucoup aimé son interprétation très engagée. Les représentations à venir devraient sans doute lui permettre d’étoffer le rôle et de l’empoigner davantage. Quant à l’oiseau Phénix, incarné par Allister Madin, on ne le voit guère. Il n’a, hélas, pas grand-chose à danser et c’est un brin frustrant. Dans le corps de ballet, j’ai remarqué les présences énergiques d’Eléonore Guérineau, de Laurence Laffon et de François Alu (difficile, de toute manière, de ne pas voir ce dernier tant son talent irradie la scène).

Allister Madin et Mathias Heymann
La soirée offrait ensuite un regard croisé sur deux pièces chorégraphiques conçues sur la musique de Debussy : le troublant et sensuel Après-midi d’un faune chorégraphié par Nijinski en 1912 et le très esthétique Afternoon of a faun de Jerome Robbins (1953). L’occasion de voir sur scène Nicolas Le Riche, que j’ai trouvé assez retenu dans le rôle du faune de Nijinski. Peut-être un choix de ne pas trop en faire en termes d’interprétation et de privilégier une certaine subtilité… Mon coup de cœur de la soirée va à Hervé Moreau, à la fois magnétique et élégant dans l’Afternoon of a faun, accompagné d’Eleonora Abbagnato qui trouve là un rôle qui la met parfaitement en valeur.
Le clou de la soirée, largement médiatisé, était la création de Sidi Larbi Cherkaoui et Damien Jalet sur le célébrissime Boléro de Ravel. Une pièce pour onze danseurs, mise en scène et en lumières par Marina Abramovic. Qu’en dire ? C’est incontestablement agréable à regarder. Le grand miroir installé à l’arrière de la scène et les jeux de lumières servent judicieusement le propos des chorégraphes, avec cette idée de vortex, de danseurs qui tournent non pas autour d’un centre mais autour d’eux-mêmes et autour des autres, faisant de leurs corps des spirales sans fin. Ainsi, les repères des spectateurs sont brouillés : où poser ses yeux ? que regarder ? La scène n’offre pas de point fixe, uniquement des combinaisons changeantes que l’on peine parfois à suivre.
Là, où le bât blesse, c’est dans le rapport scénographie / chorégraphie. La scénographie, et même les costumes (à mi-chemin entre Star Wars et Genus de Wayne McGregor) prennent bien trop de place. Je ne suis pas parvenue à voir (au sens propre comme au sens figuré) le propos chorégraphique de cette création, qui m’avait pourtant paru très intéressant lors de la répétition publique organisée, il y a quelques semaines, à l’amphi Bastille. Dans cette pyrotechnie d’effets visuels, on ne voit finalement pas grand-chose de cette transe ou du moins de ce crescendo vibrant que l’écoute du Boléro peut susciter et que l’on s’attend à retrouver dans la danse. Dommage, car il me semblait que Sidi Larbi Cherkaoui et Damien Jalet avaient beaucoup à dire.






































