Soirée Béjart/Nijinski/Robbins/Cherkaoui/Jalet au Palais Garnier

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Une soirée, quatre ballets : l’Oiseau de feu de Maurice Béjart, l’Après-midi d’un faune de Nijinski, Afternoon of a faun de Jerome Robbins et Boléro, création de Sidi Larbi Cherkaoui et Damien Jalet

bolero_cherkaoui_jallet

Saluts du Boléro de Sidi Larbi Cherkaoui et Damien Jalet

L’Oiseau de feu de Maurice Béjart ouvrait cette soirée avec, dans le rôle-titre, Mathias Heymann, que l’on a plaisir à revoir depuis quelques semaines, après une longue période de repos forcé. Le danseur étoile m’a semblé rester prudent quoique convaincant sur le plan technique. J’ai beaucoup aimé son interprétation très engagée. Les représentations à venir devraient sans doute lui permettre d’étoffer le rôle et de l’empoigner davantage. Quant à l’oiseau Phénix, incarné par Allister Madin, on ne le voit guère. Il n’a, hélas, pas grand-chose à danser et c’est un brin frustrant. Dans le corps de ballet, j’ai remarqué les présences énergiques d’Eléonore Guérineau, de Laurence Laffon et de François Alu (difficile, de toute manière, de ne pas voir ce dernier tant son talent irradie la scène).

Saluts-Oiseau-de-feu-Béjart

Allister Madin et Mathias Heymann

La soirée offrait ensuite un regard croisé sur deux pièces chorégraphiques conçues sur la musique de Debussy : le troublant et sensuel Après-midi d’un faune chorégraphié par Nijinski en 1912 et le très esthétique Afternoon of a faun de Jerome Robbins (1953). L’occasion de voir sur scène Nicolas Le Riche, que j’ai trouvé assez retenu dans le rôle du faune de Nijinski. Peut-être un choix de ne pas trop en faire en termes d’interprétation et de privilégier une certaine subtilité… Mon coup de cœur de la soirée va à Hervé Moreau, à la fois magnétique et élégant dans l’Afternoon of a faun, accompagné d’Eleonora Abbagnato qui trouve là un rôle qui la met parfaitement en valeur.

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Nijinski / Nicolas Le Riche et Emilie Cozette

Afternoon of a faun : Eleonora Abbagnato et Hervé Moreau

Robbins / Eleonora Abbagnato et Hervé Moreau

Le clou de la soirée, largement médiatisé, était la création de Sidi Larbi Cherkaoui et Damien Jalet sur le célébrissime Boléro de Ravel. Une pièce pour onze danseurs, mise en scène et en lumières par Marina Abramovic. Qu’en dire ? C’est incontestablement agréable à regarder. Le grand miroir installé à l’arrière de la scène et les jeux de lumières servent judicieusement le propos des chorégraphes, avec cette idée de vortex, de danseurs qui tournent non pas autour d’un centre mais autour d’eux-mêmes et autour des autres, faisant de leurs corps des spirales sans fin. Ainsi, les repères des spectateurs sont brouillés : où poser ses yeux ? que regarder ? La scène n’offre pas de point fixe, uniquement des combinaisons changeantes que l’on peine parfois à suivre.

Là, où le bât blesse, c’est dans le rapport scénographie / chorégraphie. La scénographie, et même les costumes (à mi-chemin entre Star Wars et Genus de Wayne McGregor) prennent bien trop de place. Je ne suis pas parvenue à voir (au sens propre comme au sens figuré) le propos chorégraphique de cette création, qui m’avait pourtant paru très intéressant lors de la répétition publique organisée, il y a quelques semaines, à l’amphi Bastille. Dans cette pyrotechnie d’effets visuels, on ne voit finalement pas grand-chose de cette transe ou du moins de ce crescendo vibrant que l’écoute du Boléro peut susciter et que l’on s’attend à retrouver dans la danse. Dommage, car il me semblait que Sidi Larbi Cherkaoui et Damien Jalet avaient beaucoup à dire.

Tricentenaire de l’école de danse de l’Opéra de Paris : quelques souvenirs

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Spectacle de l’école de danse, gala des écoles de danse du XXIe siècle… Quelques souvenirs en photos de cette semaine de célébration.

Photo du défilé des écoles de danse - Gala des écoles du XXIe siècle

Gala des écoles de danse du XXIe siècle - défilé final

Elisabeth_Platel

Elisabeth Platel, directrice de l'école de danse de l'Opéra de Paris

La nuit de Walpurgis

La nuit de Walpurgis - Ecole de danse de l'Opéra de Paris

Accademia alla Scala (Milan)

Gymnopédies par l'Accademia alla Scala (Milan)

Bolchoï Ballet Academy

Les millions d'Arlequin par la Bolchoï Ballet Academy

John Cranko School

Come Neve al Sole par la John Cranko Schule

Avec les directeurs/professeurs des écoles de danse

Avec les directeurs/professeurs des écoles de danse

Et on n’oublie pas aujourd’hui sur Arte :

- la diffusion à partir de 16h20 des trois derniers épisodes de Graines d’étoiles, le documentaire de Françoise Marie sur l’école de danse de l’Opéra de Paris : www.arteliveweb.com/grainesdetoiles

- et ce soir, la diffusion du gala du Tricentenaire de l’école de danse (avec le corps de ballet et l’école de danse de l’Opéra de Paris) à 20h45 : http://www.arte.tv/guide/fr/048403-000/soiree-de-gala-du-tricentenaire-de-lecole-francaise-de-danse

Graines d’étoiles de Françoise Marie

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Cette série documentaire de Françoise Marie, en six épisodes, propose une immersion dans l’école de danse de l’Opéra de Paris pendant une année scolaire, de septembre 2011 à juillet 2012. Arte diffusera cette série en deux parties, dimanches 21 et 28 avril, à 16 h 20.

Le documentaire de Françoise Marie suit un ordre chronologique : six épisodes, six moments phare de l’année, de la rentrée aux examens de fin d’année.

Pourquoi voir ce documentaire ?

Parce que depuis les « tout petits rats de l’Opéra » d’Olivier Pighetti, il n’y avait pas eu de documentaire sur l’école de danse (du moins, pas à ma connaissance).

Parce qu’une large place est donnée à la parole des élèves qui s’expriment avec une lucidité et une maturité étonnantes sur la danse, sur l’école, sur eux-mêmes.

Parce qu’on a l’impression d’y être, à l’école de danse de l’Opéra de Paris, telle la petite souris qui se glisse dans les salles de classe, à la cantine, dans la cour de récréation, dans les coulisses de Bastille et de Garnier.

Parce qu’il y a des séquences savoureuses (cf. les cours d’adage du troisième épisode avec l’inénarrable Wilfried Romoli et les cours d’expression musicale avec le pétillant Scott Alan Prouty).

Parce qu’il y a des moments émouvants : le stress des élèves avant les temps forts de l’année, spectacles et examens ; les rencontres entre les petits pères et leurs « enfants » comme un relais de solidarité et de tendresse toujours renouvelé entre les générations.

Parce qu’il y a des moments drôles, comme lorsque des élèves de classes traditionnelles viennent assister à des démonstrations à l’école de danse. Une rencontre qui suscite des remarques très inspirées de la part de ce jeune public néophyte : « Je pensais pas qu’à la fin, ils allaient chanter parce que c’est strict, je pensais pas qu’ils avaient encore de la joie », « Ils ont le droit d’appeler leurs parents ? », « Eux ils sont plus disciplinés, ils travaillent mieux ».

Parce qu’il y a Elisabeth Platel, à la fois droite « comme un I » et tendre aussi.

Parce qu’il y a de la danse, de l’envie, de l’engagement.

Graines d’étoiles est également disponible en DVD, avec un bonus « Pour entrer dans la meilleure école du monde » (rien que ça !)

Le Tricentenaire de l’école de danse de l’Opéra de Paris

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Il y a 300 ans, Louis XIV publiait une ordonnance créant le Conservatoire de danse, destiné tout d’abord au perfectionnement des danseurs de l’Académie royale de Musique, avant de s’ouvrir quelques années plus tard aux plus jeunes. La semaine qui vient sera jalonnée de festivités. Petit coup d’oeil…

Célébration du tricentenaire de l'école de danse de l'Opéra de Paris

Credits - David Elofer

Elisabeth Platel doit être… fatiguée. Le programme de la semaine à venir en témoigne avec, tout d’abord, demain, 15 avril, un gala consacré au tricentenaire de l’école de danse. Au programme, notamment, deux créations : D’ores et déjà de Béatrice Massin et Nicolas Paul, dont on peut trouver une interview ici et Célébration de Pierre Lacotte. A noter que les danseurs du ballet de l’Opéra de Paris se joindront aux élèves de l’école de danse à l’occasion de ce gala. Dommage que le prix des places soit si élevé et ne permette pas à tous les publics de venir partager ce moment. La représentation fera heureusement l’objet d’une captation audiovisuelle pour une retransmission le 28 avril à 20h45 sur Arte ainsi que sur les sites www.arteliveweb.com et www.operadeparis.fr. Ce gala sera également présenté sur la scène de l’Opéra royal de Versailles, le 25 avril, à 20h. Et….c’est complet.

Les 17 et 18 avril, traditionnel spectacle de l’école de danse évoquant « l’école française et son évolution », avec notamment la création de Nicolas Paul et Béatrice Massin. Quelques places ont été remises en vente ce week-end sur Internet. Je ne sais pas si l’occasion se reproduira. A surveiller…

Le 20 avril, autre événement avec le Gala des écoles de danse du XXIe siècle. Le programme est très intéressant et devrait permettre de mieux appréhender les spécificités des écoles et des styles enseignés.

Pour ceux qui pourront se libérer (des places sont encore disponibles), une table ronde autour du tricentenaire de l’école de danse aura lieu à l’amphi Bastille, jeudi 18 avril, à 17h, avec la participation de Brigitte Lefèvre, directrice de l’école de Danse, Elisabeth Platel, directrice de l’Ecole de Danse, et des directeurs des écoles invitées pour le Gala des Ecoles du XXIème siècle.

Enfin, la chaîne Arte proposera les 21 et 28 avril, un documentaire intitulé « Graines d’étoiles » de Françoise Marie, consacré aux élèves de l’école de danse de l’Opéra de Paris et d’ores et déjà disponible en DVD. J’y reviendrai plus en détails le week-end prochain. C’est, en tout cas, un documentaire à ne pas manquer.

Quelques interviews/articles à lire/écouter :
Interview d’Elisabeth Platel sur Radio France musique
De la cour à la scène : tricentenaire de l’école française de danse par Sylvie Jacq-Mioche
Interviews d’Elisabeth Platel et Brigitte Lefèvre
Les 300 ans de l’Opéra de Paris (Le Figaro)
Eh bien, dansez maintenant ! (Les Echos)

Troisième symphonie de Gustav Mahler par John Neumeier

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Quelques impressions sur la Première de ce ballet de John Neumeier, actuellement à l’affiche à l’Opéra Bastille.

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Au premier rang : Mathias Heymann, Isabelle Ciaravola, Karl Paquette, Eleonora Abbagnato, Stéphane Bullion. Au deuxième rang : Mathilde Froustey, Vincent Cordier, Aurélia Bellet, Fabien Révillion

Une partition ambitieuse, un ballet symphonique de deux heures, six mouvements, six tableaux, du blanc, du rouge, quelques pastels, des clairs-obscurs… C’est la troisième symphonie de Gustav Mahler mise en mouvements et en lumières par John Neumeier ; ballet entré tout récemment au répertoire du ballet de l’Opéra de Paris (mars 2009).

Dans un océan de miasmes et de remugles de morve en tout genre, quintes de toux et j’en passe (merci mes voisins du 1er balcon…), j’ai trouvé à cette œuvre symphonique et chorégraphique un magnétisme certain, avec cette quête initiatique et universelle du personnage principal, l’Homme.

Les six mouvements chorégraphiés installent chacun une tonalité différente, du blanc embryonnaire du début vers le vert, nerf de la guerre, puis les doux pastels du deuxième mouvement primesautier, les rouges chaleureux du troisième mouvement (qui s’étirrrre en longueur), les blancs et chair épurés du quatrième mouvement, le rouge (de l’innocence ?) du cinquième mouvement, rouge amour rouge toujours du dernier mouvement.

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Karl Paquette

Que dire des danseurs ? Que du bien. Mais oui… Bien sûr, quelques petites désynchronisations de-ci de-là dans les grands tableaux d’ensemble, mais, au final, j’ai trouvé cette distribution très cohérente. Karl Paquette, l’Homme, est tout à fait convaincant dans un rôle pas si simple à porter. Il y amène sa force tranquille, dépourvue d’affectation. On revoit avec bonheur Mathias Heymann, en chef de guerre puissant. Et puis, Mélanie Hurel, Alessio Carbone, Mathilde Froustey, Aurélia Bellet, Vincent Cordier… et Laura Hecquet/Florian Magnenet, parfaitement accordés, à la danse épurée, minérale, réglée comme un métronome.

Eleonora Abbagnato et Stéphane Bullion

Eleonora Abbagnato et Stéphane Bullion

Si Eleonora Abbagnato ne m’avait pas totalement convaincue en Carmen, elle m’a semblé ici tout à fait à son aide, gracile et sensuelle, aux côtés de Karl Paquette et de Stéphane Bullion dans le Pas de trois de « la Nuit », porté par une partition magnifique. Quant à Isabelle Ciaravola, le rôle de l’Ange lui va bien… Intemporelle, immatérielle, en un mot, exquise !

Avec Simon Hewett (direction musicale) et Aline Martin (mezzo-soprano)

J’oubliais… ce ballet sera retransmis en direct dans certaines salles de cinéma le jeudi 18 avril !

Soirée Roland Petit : Le Rendez-vous, Le Loup, Carmen (bis et ter)

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Après la Première, retour sur les soirées du 27 et du 28 mars au Palais Garnier pour le programme Roland Petit. Deux soirées, trois ballets, six distributions (et une nomination)… bref, beaucoup de choses à raconter.

Nomination d'Eleonora Abbagnato

Nomination d'Eleonora Abbagnato comme danseuse étoile, le 27 mars. Ici entourée d'Audric Bezard et de Nicolas Le Riche

Le Rendez-vous

Deux distributions donc, avec le 27 mars, Amandine Albisson et Alexandre Gasse et le lendemain, Nicolas Le Riche et Eleonora Abbagnato. Je ne comparerai pas ces deux représentations car il s’agit davantage là d’une sorte de passage de témoin entre deux générations et puis… Nicolas Le Riche est, dans le rôle principal, inégalable.

Commençons avec la jeune génération : Alexandre Gasse est encore un peu « vert » dans ce rôle mais ce qu’il en fait déjà est prometteur. Il offre une danse élégante, déliée. Son Jeune homme est timide et attachant, formant ainsi un duo très équilibré avec Hugo Vigliotti, le Bossu. Il manque encore à Alexandre Gasse un peu d’ampleur et de précision pour parvenir à être tout à fait convaincant. Amandine Albisson, avec ses superbes lignes et sa force d’interprétation, n’a pas beaucoup d’efforts à faire pour être « la plus belle fille du monde ». Sans doute faudrait-il encore un peu plus de sensualité, de faux abandon, de ce mélange de force et de nonchalance notamment dans les bras, à la manière d’une Ciaravola, mais le courant passe bien avec Alexandre Gasse et le jeune couple est tout à fait crédible.

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Alexandre Gasse

Autre génération avec Nicolas Le Riche et Eleonora Abbagnato. Que dire de Nicolas Le Riche dans ce rôle ? Et bien, il est une évidence, sa manière de se mouvoir est si naturelle et limpide, sans efforts, sans scories. Cela fera encore sourire une blogueuse qui se reconnaîtra, mais Nicolas Le Riche ne danse pas. Il est la danse.

Eleonora Abbagnato, toujours très féline, nous la joue toutefois un peu trop « Le Jeune homme et la mort ». Dans ce rôle, à mon sens, l’interprétation d’Isabelle Ciaravola fait école.

Le Loup

Stéphane Bullion et Emilie Cozette (27 mars) m’ont beaucoup plu. Pour la première fois sans doute, je ne me suis pas ennuyée durant ce ballet et j’ai suivi avec un certain intérêt, voire avec quelque émotion, l’histoire de cette jeune fille qui tombe amoureuse d’un loup. Stéphane Bullion semble parfaitement à l’aise dans ce rôle et je l’y ai trouvé particulièrement convaincant, même si l’on peut regretter des sauts un poil désaxés. Emilie Cozette, toujours un peu trop terrienne à mon goût, livre un joli travail d’interprétation, courageuse fiancée assumant ses choix.

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Emilie Cozette et Stéphane Bullion

Le lendemain, c’est Audric Bezard qui a pris la relève. S’il n’atteint pas la force d’interprétation de Stéphane Bullion dans ce rôle, il n’en fait pas moins un loup convaincant, avec une technique précise et de fort jolies lignes. Amandine Albisson, que j’avais beaucoup aimé, il y a deux ans, en bohémienne, fait montre de qualités très solides, en matière de technique et d’interprétation. Voilà une danseuse que j’aimerais beaucoup voir monter dans la hiérarchie du Ballet de l’Opéra.

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Amandine Albisson et Audric Bezard

Dans le rôle de la bohémienne, Sabrina Mallem trouve un personnage à sa mesure (Caroline Robert s’y montre plus timide). Et puis, il y a Christophe Duquenne, toujours solide et auquel je commence vraiment à m’attacher… Il va me manquer quand il partira « à la retraite ».

Carmen

Enfin, le moment tant attendu de la soirée… Carmen, avec, le 27 mars, une clôture en fanfare avec la nomination d’Eleonora Abbagnato. La nouvelle danseuse étoile incarnait donc Carmen, aux côtés de Nicolas Le Riche en Don José. La Carmen d’Eleonora Abbagnato m’est apparu parfois trop combative, un peu trop hargneuse, au détriment peut-être d’un éventail plus nuancé de sentiments. Mais quel Pas de deux de la chambre avec Nicolas Le Riche, fougueux Don José ! Une passion, une tension qui vont crescendo jusqu’à l’affrontement final, où les deux amants se toisent et se défient pour la dernière fois. Un beau moment, de ceux qui vous tiennent en haleine.

28 mars, autre Carmen, autre Don José… autre ambiance. Aurélie Dupont est Carmen mais elle n’est pas Carmen. Trop altière et délicate, on n’y croit pas vraiment mais on s’en fiche parce qu’Aurélie Dupont rayonne, parce que sa danse est lumineuse, léchée, aboutie. Et lorsqu’elle chute involontairement lors du Pas de deux final, et bien, c’est presque tant mieux. Carmen descend de son piédestal. Avec Karl Paquette (méconnaissable avec sa coiffure et un peu effacé), on est dans un registre plus doux que celui du couple Abbagnato/Le Riche, en castagne permanente. C’est différent. Pas sûre que ça réponde vraiment à la commande mais intéressant. Définitivement.

Dupont_Paquette_Carmen

Aurélie Dupont et Karl Paquette

Enfin, petit coup de coeur pour le trio de brigands formé par François Alu, Valentine Colasante et Mathieu Botto et pour le sémillant Escamillo d’Audric Bezard.

Eleonora Abbagnato nommée étoile de l’Opéra de Paris

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Eleonora Abbagnato a été nommée danseuse étoile de l’Opéra de Paris, mercredi 27 mars, à l’issue de la représentation de Carmen de Roland Petit, au Palais Garnier.

Eleonora Abbagnato nommée danseuse étoile de l'Opéra de Paris

Eleonora Abbagnato remerciant Nicolas Joël, directeur de l'Opéra et Brigitte Lefèvre, directrice de la Danse

Eleonora Abbagnato, nouvelle danseuse étoile de l'Opéra de Paris

Aux côtés de Nicolas Le Riche, Don José fougueux et partenaire attentif

Eleonora Abbagnato nommée danseuse étoile dans Carmen

Derrière la nouvelle Etoile, Audric Bezard en Escamillo

Eleonora_Abbagnato_Nicolas_Le_Riche_Carmen

Et pour en savoir plus sur cette soirée, c’est par ici

Roland Petit au Palais Garnier : Le Rendez-vous, Le Loup et Carmen

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Le Palais Garnier accueille jusqu’au 29 mars trois ballets de Roland Petit : Le Rendez-vous (1945), Le Loup (1953), Carmen, (1949). Retour sur la matinée du 17 mars.

Saluts de Carmen

Cette programmation fait écho à celle de la saison 2010-2011, avec la reprise du Rendez-vous et du Loup. En lieu et place du Jeune homme et la mort, c’est Carmen qui a, cette année, l’honneur de clôturer le triptyque.

Le Rendez-vous
Cet opus sombre et poétique prend place dans un Paris d’après-guerre. Le Rendez-vous, c’est l’histoire de la rencontre inéluctable entre un Jeune homme (Nicolas Le Riche)… et la Mort, infligée par la main de « la plus belle fille du monde » (Isabelle Ciaravola). Le tout serti dans des décors signés Brassaï, un rideau de scène créé par Pablo Picasso, avec une mise en musique de Joseph Kosma. On regarde ce Rendez-vous moins pour la danse que pour l’ambiance, pour la fable sombre et cruelle et le funeste destin vers lequel accourt un Nicolas Le Riche toujours aussi juvénile et charismatique. Son compagnon de route, l’infortuné Bossu est toujours aussi bien interprété par Hugo Vigliotti à la fois touchant, lorsqu’il fait l’objet de railleries de la part de ses camarades et facétieux, désireux d’éclairer un peu la sombre journée du Jeune homme. Isabelle Ciaravola, enfin, féline, féminine, exhalant un « je-ne-sais quoi » capiteux, développant ses jambes interminables gainées de noir, mi-mante religieuse, mi-araignée tissant sa toile. A noter la présence sur scène de Michaël Denard, ancien danseur étoile, revenant interpréter le rôle du Destin.

Une jolie page pleine de nostalgie, un vieux film en noir et blanc, un charme suranné qui donnent toujours envie d’être au rendez-vous.

Le Rendez-vous : Michaël Denard, Isabelle Ciaravola, Nicolas Le Riche et Hugo Vigliotti

Le Loup
On reste dans le registre narratif. Là, ce n’est pas du Jeune homme et de la mort dont il s’agit… mais d’une Jeune fille et d’un Loup qu’elle prend pour son fiancé (et oui…). C’est un ballet assez délicieusement désuet, qui comporte toutefois quelques longueurs pendant le Pas de deux. Benjamin Pech est Le Loup, enfin, à mon sens, plutôt un chat souple, bondissant et sauvage mais un Loup… non pas vraiment. Il forme un couple solide avec Laëtitia Pujol, toujours aussi convaincante techniquement et qui, comme Nicolas Le Riche conserve avec les années ce côté juvénile et spontané, bien appréciable dans un ballet de ce type. Un peu déçue par La Bohémienne de Valentine Colasante, que je n’ai pas toujours trouvée tout à fait à son aise. Il faut dire que j’ai gardé un excellent souvenir d’Amandine Albisson, il y a deux ans, dans ce rôle qui lui allait comme un gant…

Bref, un ballet qui se regarde sans déplaisir… mais sans frisson.

Laëtitia Pujol, Benjamin Pech et Valentine Colasante

Carmen
Je connaissais assez peu la Carmen de Roland Petit, dont je n’avais vu que des extraits vidéo avec Nicolas Le Riche et Clairemarie Osta. Je m’attendais à un ballet sans doute plus « galvanisant » et je suis restée finalement (un peu) sur ma faim sans arriver vraiment à pointer du doigt la pierre d’achoppement : la construction du ballet ? Une interprétation un peu trop sage ? Des arrangements/agencements musicaux un peu surprenants ?

Commençons par la Carmencita, interprétée par Ludmila Pagliero. Ce type de personnage, fort, volontaire convient très bien à la danseuse étoile récemment nommée, qui a déjà trouvé avec Don Quichotte, il y a quelques mois, un registre mettant ses qualités en valeur. Ludmila Pagliero est une Carmen pleine de feu, combative, à la solidité technique indéniable. Lors du Pas de deux funeste et final, elle est électrisante, faisant entendre un cri de colère et de désespoir. Ce qui lui manque ? Un peu plus de sensualité, un côté plus enjôleur, caressant que me semble aussi avoir Carmen. Stéphane Bullion, en Don José, a mis un peu de temps à rentrer dans son personnage et j’ai regretté que son premier solo sur l’ « Amour est enfant de Bohême » ne soit pas plus acéré, plus martial. Sa prestation est ensuite plus convaincante et s’il parvenait, avec Ludmila Pagliero, à instiller un peu plus de moelleux et d’abandon à certains moments, pour mieux faire vivre l’amour et la séduction avant la rage et la mort, ce serait parfait !
Le trio Caroline Bance, Allister Madin, Maxime Thomas (enthousiaste et enthousiasmant) fonctionne plutôt bien. Mention spéciale à Guillaume Charlot pour sa courte, mais très inspirée interprétation d’Escamillo.

Au final, un bon moment même si ce ne fut pas le feu d’artifice espéré.

Ludmila Pagliero et Stéphane Bullion

D’autres représentations, d’autres distributions à découvrir… C’est jusqu’au 29 mars au Palais Garnier (surveillez bien le site Internet, il y a souvent des places remises en vente).

Gala Noureev au Palais Garnier

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6 mars… Hommage de l’Opéra de Paris à Rudolf Noureev, vingt ans après sa disparition.

Une soirée composée d’extraits de ballets chorégraphiés par Noureev pour célébrer sa vie de danseur, de chorégraphe et surtout son passage à la Direction de la danse de l’Opéra de Paris. Casse-noisette, La Belle au bois dormant, Cendrillon, Don Quichotte, Raymonda, Le Lac des Cygnes, Roméo et Juliette, Manfred, La Bayadère… Autant d’extraits dansés par les Etoiles et les Premiers danseurs de l’Opéra de Paris (et le Corps de ballet sur La Bayadère).

Une soirée en demi-teinte avec des prestations dont on pouvait attendre parfois plus. Moment culminant, à mon sens, avec la superbe interprétation de Roméo et Juliette par un couple dont la technique et l’engagement ne semblaient, ce soir, en rien céder aux années qui passent : Nicolas Le Riche et Laëtitia Pujol.

Nicolas Le Riche et Laetitia Pujol

Nicolas Le Riche et Laëtitia Pujol pour un Roméo et Juliette émouvant

Agnès Letestu et Stéphane Bullion

Extrait de La Bayadère avec Stéphane Bullion et Agnès Letestu qui mérite toujours son surnom de Reine Agnès

Aurélie Dupont

Aurélie Dupont en Belle au bois dormant (Jolis équilibres même si les arabesques manquaient parfois d'amplitude)

Dorothée Gilbert, cygne noir, a dansé avec Benjamin Pech (au centre) et Mathieu Ganio. Une prestation convaincante. Emilie Cozette incarnait, pour sa part, le cygne blanc, aux côtés de l'élégantissime Hervé Moreau

Vincent Chaillet et Eve Grinsztajn (à gauche), ont dansé un fandango plein de charme et d'énergie dans Don Quichotte suivis par Karl Paquette et Ludmila Pagliero, qui a décidément trouvé en Kitri un rôle qui lui va bien. Au centre, Mathias Heymann pour un retour à la scène aussi attendu qu'émouvant dans un extrait de Manfred

Marie-Agnès Gillot et Florian Magnenet ont interprété le délicat Pas de deux du tabouret dans Cendrillon tandis qu'Isabelle Ciaravola s'est illustrée dans La Claque de Raymonda

Sans oublier la délicate Myriam Ould-Braham, accompagnée de Christophe Duquenne (très en forme ce soir), qui ont ouvert le bal en dansant un extrait de Casse-Noisette.

Soirée danseurs-chorégraphes

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Retour sur la soirée danseurs-chorégraphes, organisée à l’amphi Bastille la semaine dernière. L’occasion de découvrir ou de redécouvrir les jeunes talents de l’Opéra de Paris (Merci pour les photos à Elendae).

Les Songes du Douanier d'Alexandre Carniato- (c) Elendae

La soirée s’est ouverte sur Premier cauchemar de Samuel Murez, le prologue d’une pièce en construction, intitulée Le Rêveur. Samuel Murez s’est déjà brillamment illustré dans le domaine chorégraphique, avec des pièces comme Epiphénomènes, me2. Il a d’ailleurs créé une troupe composée de danseurs de l’Opéra de Paris, la compagnie 3e étage. L’extrait présenté lors de cette soirée est fidèle au style du jeune chorégraphe, plutôt inventif, très scénarisé. Hugo Vigliotti, excellent interprète, sert avec beaucoup de conviction le rôle de ce rêveur éveillé perdu dans un monde de salariés-robotisés, cherchant à échapper à sa routinière destinée. Quinze danseurs sur scène, avec des déplacements dans l’espace bien pensés, bien gérés. Ça donne envie d’en voir plus !

Deux à deux de Maxime Thomas. Le jeune danseur a créé un duo épuré, de facture néoclassique, avec des portés bien sûr, des passages au sol, une gestuelle inspirée de la capoeira dans certains mouvements pivotants. Rien de novateur mais l’ensemble est fluide, agréable à regarder, grâce à la belle alchimie du couple de danseurs, Maxime Thomas et Letizia Galloni (danseuse à suivre définitivement!).

En attendant l’année dernière. Grégory Gaillard a créé un solo ambitieux, emmené avec fougue et grâce par Lucie Fenwick. Inégal bien sûr mais intéressant, ce solo offrait de jolis moments, une recherche chorégraphique certaine qui semblait lorgner, par moments, du côté de Wayne McGregor.

Lucie Fenwick et Grégory Gaillard (c) Elendae

Kaléidoscope d’Allister Madin est la proposition qui m’a le moins séduite. Beaucoup d’éléments, trop sans doute pour former un tout cohérent dans un univers « déjà vu ». Allister Madin, qui faisait partie des danseurs, était en tout cas impressionnant de force et d’agilité. La pièce m’a également donné l’occasion de voir évoluer Camille de Bellefon, superbe interprète.

Smoke Alarm de Julien Meyzindi est un duo. La danse est pleine, fluide, bien rythmée même si le symbole du briquet n’est peut-être pas été utilisé ou exploité pleinement. Julien Meyzindi a choisi deux interprètes très convaincants pour danser ce pas de deux : le félin Alexandre Gasse, dont la gestuelle m’a fait penser à Jérémie Bélingard et la rayonnante Alice Renavand qui sait toujours insuffler charme et intelligence aux rôles qu’elle interprète.

Les Songes du Douanier d’Alexandre Carniato (avec Morgane Dragon) constituent mon coup de cœur de la soirée. J’ai trouvé cette évocation du monde animal et du monde humain intéressante, avec une scénographie bien pensée, une chorégraphie aboutie et des interprètes (Charlotte Ranson, Aurélien Houette et Alexandre Carniato) magistraux.

La Stratégie de l’Hippocampe de Simon Valastro fermait la marche. Le jeune danseur y fait valoir de grandes qualités de metteur en scène et d’un sens dramaturgique indéniable dans cette pièce sur une famille à mi-chemin entre la Maison Bernarda de Mats Ek et la famille Addams. Même si la chorégraphie était un peu moins captivante à mon sens, la pièce se regarde avec plaisir, curiosité, servie là encore par une distribution plus que convaincante : Eve Grinstzajn, Hugo Vigliotti, Eléonore Guérineau, Jean-Baptiste Chavignier et Alexis Renaud.

Hugo Vigliotti et Eléonore Guérineau dans la Stratégie de l'Hippocampe - (c) Elendae

Une belle soirée marquée par la diversité des pièces proposées. Benjamin Millepied, futur directeur de la danse de l’Opéra de Paris, avait émis l’idée? à l’annonce de sa nomination, de créer une cellule chorégraphique pour les danseurs de l’Opéra ayant envie de se lancer dans la création. J’espère que l’idée fera son chemin. Il y a de la matière.