Après Béjart, le cœur et le courage, d’Arantxa Aguirre

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Ce documentaire sort le 19 janvier prochain dans (seulement) une dizaine de salles en France. Grâce au Petit Rat, j’ai pu le voir hier soir en avant-première dans une salle parisienne, en présence de la réalisatrice Arantxa Aguirre et de Gil Roman, successeur de Maurice Béjart et directeur artistique du Béjart Ballet Lausanne (BBL).

Le cœur et le courage, c’est d’abord l’histoire d’une succession, d’un héritage monumental, celui de Maurice Béjart, décédé en novembre 2007. C’est l’histoire d’un danseur, d’un héritier, Gil Roman, témoin puis relais de cet héritage et créateur d’une œuvre à venir. C’est l’histoire des danseurs du BBL et de la question : quand le maître meurt, comment fait-on pour continuer à avancer ? Question d’autant plus prégnante lorsque l’on sait que Maurice Béjart était homme à ne pas regarder le passé, lui qui disait : «  Que notre avenir soit tourné vers la création et la conquête d’horizons nouveaux ». Ce film traduit également le regard d’une réalisatrice sur un sujet qui la passionne; elle qui, jeune, a suivi les cours de l’école Mudra de Maurice Béjart.

Les enjeux de la succession

La première partie du documentaire est clairement tournée vers la problématique de l’héritage avec des photos, des extraits de ballets et de nombreux témoignages de danseurs du BBL, de Brigitte Lefèvre, Claude Bessy, un peu plus tard Michaël Denart et d’autres personnalités commues ou anonymes.

J’ai trouvé cette partie un brin répétitive. Mais elle permet de poser avec clarté les enjeux de cette succession en termes de subventions, de survie et d’avenir de la compagnie. Elle permet surtout de revenir sur l’œuvre de Maurice Béjart, avec cette volonté de toucher le plus grand nombre, loin de l’image élitiste que l’on peut avoir de la danse. Il suffit de voir Le Sacre du printemps ou le Boléro pour comprendre cette universalité. Le documentaire montre également que Béjart reste toujours très présent dans les esprits et les cœurs de ses danseurs. Tout au long du documentaire, les artistes témoignent de leur volonté de rester à la hauteur de leur mentor et de continuer à faire vivre cette compagnie ainsi que l’esprit du chorégraphe.  

Le coeur et le courage 

Dans la deuxième partie du film, on suit pas à pas la création de la nouvelle oeuvre de Gil Roman (Aria) et sa naissance en tant que chorégraphe. Moment délicat, challenge difficile, car s’il faut préserver et continuer à transmettre l’œuvre de Béjart, il faut aussi continuer à créer. Et qu’il doit être difficile de créer après Béjart! C’est un défi que Gil Roman, choisi comme successeur, veut relever, un an après la mort du grand chorégraphe. Cette partie est très intéressante avec de jolis moments captés par la caméra de la réalisatrice. Les répétitions, les peurs, l’engagement physique et émotionnel des danseurs pour faire vivre ce nouveau ballet, les blessures, l’arrivée sur le plateau, les ajustements de lumières, de costumes et Gil Roman qui tente avec philosophie de ne pas trop céder à l’angoisse en grillant cigarette sur cigarette. Et puis, cette solitude du chorégraphe qui ne peut que regarder ses danseurs des coulisses : « le ballet est à eux », vibrer avec eux, espérer. A la fin de la première représentation devant le public Lausannois, les applaudissements crépitent comme une pluie longtemps attendue. Jolie et émouvante image de fin : Gil Roman dans les coulisses applaudissant ses danseurs. Et on comprend alors mieux le titre du film : le cœur et le courage… d’un homme, d’une compagnie, d’une équipe.

Séance de questions-réponses

La réalisatrice et Gil Roman se sont ensuite livrés à une séance de questions-réponses dont vous trouverez la retranscription sur le blog du Petit rat qui avait sorti pour l’occasion son joli carnet. Quelques morceaux choisis avec des verbatims de Gil Roman qui m’ont particulièrement touchée :

 » On a dit que j’étais dans l’ombre de Maurice Béjart. Mais je n’étais pas dans l’ombre. J’étais dans le soleil. Je l’aime ma figure tutélaire. Je suis rentré dans cette compagnie, j’avais 19 ans. J’en ai maintenant 50. C’est ma famille. J’ai envie de régler [des chorégraphies] pour ma compagnie, pour mes danseurs. (…) J’aime mon groupe. On se développe ensemble. Je suis un homme de 50 ans mais je suis un jeune chorégraphe, un apprenti. On apprend ensemble avec mes danseurs ».

 » Je fais ce métier pour un échange avec les gens. Si un cadeau, on l’offre, on veut qu’il soit reçu. Je comprends mes ballets quand je les vois avec un public qui les regarde. Un artiste peut être honnête  et clair et faire une recherche profonde et avoir aussi envie que le public ait les clés pour le comprendre. C’est la moindre des choses. S’il n’y a pas de public, il n’y a pas d’artiste ».

Le film sort donc en salles le 19 janvier. Le BBL est bientôt en tournée en France (mais pour Paris, il faudra attendre) : les dates par ici

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