Première de Roméo et Juliette le 11 avril à l’Opéra Bastille avec, dans les rôles principaux, Laëtitia Pujol (Juliette), Mathieu Ganio (Roméo), Stéphane Bullion (Tybalt), Mathias Heymann (Mercutio) et Christophe Duquenne (Benvolio).
Ce ballet de Rudolf Noureev, qui conte la tragédie des amants de Vérone, a été monté une première fois en 1977 pour le London Festival ballet avant d’être remanié en 1984 pour l’Opéra de Paris. Si le Lac des Cygnes de Noureev avait pu me laisser, par moments, dubitative, j’ai été bien plus conquise par cette œuvre. Il est vrai que, pour cette Première, les danseuses et danseurs de l’Opéra n’ont pas ménagé leurs efforts et j’ai trouvé la prestation d’ensemble de très bonne qualité. Une belle cohésion, beaucoup d’implication que ce soit dans les rôles principaux ou secondaires, un orchestre qui a emmené le tout avec souffle et conviction et de beaux décors (ce qui ne gâche rien).

Mathieu Ganio et Laëtitia Pujol
Acte 1. Ganio/Roméo me semble d’emblée en grande forme. Une qualité de danse indéniable, des sauts légers (une ou deux réceptions un peu hésitantes mais franchement c’est pour pinailler), une ligne déliée et élégante pour tenter de séduire la gracieuse Rosaline interprétée par Myriam Ould-Braham (que j’ai hâte de voir en Juliette).
Arrive ensuite la scène du marché et les rodomontades entre les Capulet et les Montaigu, très réussies : et je te nargue, et je te bouscule, et ni vu ni connu je t’allonge une petite pichenette sur ton nez… Les garçons, notamment, semblent s’en donner à cœur joie dans une ambiance très « West Side Story », façon Renaissance. Belle entrée en scène de Stéphane Bullion/Tybalt avec un air patibulaire qui ne pas donne pas envie de lui taper dans le dos. Mathias Heymann incarne, pour sa part, un Mercutio juvénile et taquin à souhait (il aurait pu l’être même encore plus), avec toute l’aisance technique qu’on lui connaît.
Juliette/Pujol apparaît peu après, juvénile avec un mélange de candeur et d’espièglerie. J’ai bien aimé cette scène. C’était bien joué avec une complicité évidente entre Laëtitia Pujol et Stéphane Bullion, dans laquelle transparaissait bien la tendresse entre les deux cousins Juliette et Tybalt. Et puis aussi, le plaisir de revoir Delphine Moussin en Dame Capulet (ce n’est pas le sujet, mais franchement, elle aurait mérité de vrais adieux… Passons !).
Moment très attendu : la scène du bal chez les Capulet avec cette musique qui semble emporter tout sur son passage. Je ne peux pas dire que je suis entièrement fan de la chorégraphie à ce moment-là mais ça fonctionne. Le corps de ballet est très en place, c’est bien interprété et bien dansé. Quant à nos deux tourtereaux, qui se rencontrent alors pour la première fois, je dirais qu’ils ont offert une belle prestation technique. L’émotion, pour moi, n’est véritablement arrivée que lors du grand Pas de deux à la fin du premier acte. J’ai senti, à ce moment-là, une véritable connexion entre les deux danseurs, une interprétation à l’unisson alliée à une technique maîtrisée. Bref, un duo équilibré et un très beau moment de danse …
Acte 2. Un acte, où les rôles secondaires prennent toute leur mesure. Mathias Heymann et Christophe Duquenne y sont drôles et facétieux. La scène avec la nourrice (Ghislaine Reichert), notamment, est très enlevée et percutante, avec une belle qualité de pantomime. Mention spéciale également aux acrobates, qui font montre d’une belle énergie.
J’ai beaucoup aimé les scènes de duel, trépidantes et très bien réalisées avec un Stéphane Bullion félin et bondissant (la façon dont il manie les deux épées contre Roméo est assez saisissante). Mathias Heymann, pour sa part, incarne Mercutio avec beaucoup de conviction et de brio. Ce personnage lui donne l’occasion de montrer ses capacités d’interprète et sa sensibilité. C’est un rôle qui lui va bien, tout comme Tybalt pour Stéphane Bullion.
L’acte 2 s’achève sur la mort de Mercutio (très bien jouée) puis celle de Tybalt. Juliette accourt éplorée, comprenant que celui qu’elle vient d’épouser en secret, est l’assassin de son cousin. La scène, qui m’est apparue un peu surjouée par Laëtitia Pujol, vient clôturer un acte riche en émotions et efficacement mené.
Acte 3. De manière générale pour cet acte, qui mène à la mort des deux amants (et que je trouve d’ailleurs un peu long), je ferai ce constat général : c’était globalement bien, voire très bien dansé par le couple Pujol/Ganio avec un bel équilibre technique entre les deux danseurs et du répondant de part et d’autre (l’escalier qui mène vers le lit, en revanche, n’a vraiment pas l’air évident à négocier).
Côté interprétation, j’ai trouvé que Laëtitia Pujol, plutôt convaincante par ailleurs, avait pris un peu tôt le parti du désespoir, voire d’une certaine folie. En gros, parfois, j’avais l’impression de voir plus une Giselle qu’une Juliette. Quant à Mathieu Ganio, il semblait un peu absent lors du premier pas de deux avec Laëtitia Pujol. Il m’a ensuite émue lors de son duo avec Benvolio, à l’annonce de la mort de Juliette. J’ai été, en revanche, moins séduite par son jeu pendant la scène finale. Je crois que j’aurais aimé un peu plus de passion de sa part.
Signalons également la belle performance de Delphine Moussin, avec un jeu tout en nuances dans ce troisième acte.
Conclusion de cette Première : une très belle soirée, grâce tout d’abord à un travail solide et précis de l’ensemble des danseuses et danseurs, conjugué à une pantomime de qualité. J’ai vu une troupe qui prenait du plaisir à danser et à interpréter les personnages de cette tragédie et qui transmettait ce plaisir et cette joie au public. J’ai tout particulièrement apprécié le travail de Mathias Heymann et de Stéphane Bullion. Quant au couple principal, il fonctionne plutôt bien. Techniquement, c’est très en place. Il leur reste sans doute à affiner un peu leur interprétation, pour mieux faire battre les cœurs de Roméo et Juliette à l’unisson.

Un commentaire
C’est vrai que nos avis se rejoignent!
J’ai beaucoup aimé Mathieu Ganio qui était techniquement impeccable.
Laétitia Pujol très bien aussi mais effectivement un peu de surjeu sur la fin.
J’ai adoré Stéphane Bullion et comme toi j’ai été très impressionnée par le duel à l’épée du 2e acte. Je me disais qu’ils devaient quand même bien s’amuser à le faire!