Rain d’Anne Teresa de Keersmaeker à l’Opéra de Paris

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Rain, créé en 2001 sur une partition de Steve Reich, Music for Eighteen Musicians, entre au répertoire de l’Opéra de Paris.

Après avoir vu cette œuvre en répétition, j’étais contente de pouvoir lire le programme de l’Opéra et notamment l’interview d’Anne Teresa de Keersmaeker, éclairant mon regard sur cette pièce et sur le travail de la chorégraphe.
Morceaux choisis* : « J’utilise là le procédé que Steve Reich utilise à plein régime dans Music for Eighteen Musicians, celui du « stacking » ou remplissage. Un motif musical émerge petit à petit, note par note, au fil des répétitions. Une note, deux notes, trois notes et ainsi de suite, jusqu’au dévoilement du motif complet. J’ai transposé ce procédé à la chorégraphie ». « La marche et la course, dans leurs différentes vitesses m’obsèdent. Il suffit de suspendre un mouvement de marche, de le reprendre : et voilà, c’est de la danse. Par ailleurs, la marche comme « degré zéro » de la danse permet de dessiner facilement les trajets dans l’espace, de le couper, de structurer tout le trafic, de dessiner les avant-plans et les arrière-plans… ».

Les danseurs de l'Opéra de Paris et les musiciens de l'ensemble Ictus

Sur la scène du Palais Garnier, quatre chaises transparentes : une côté cour, trois côté jardin. Sur le sol, beaucoup de marquages, des lignes pleines, des pointillés. Un grand rideau de cordes en demi-cercle complète le tableau. Dans la fosse, des choristes, des pianistes, xylophonistes, violonistes, joueurs de clarinette (me semble-t-il)… bref, le plaisir d’entendre de la musique contemporaine live et non pas enregistrée, comme bien souvent.

C’est donc parti pour ce que le programme de l’Opéra décrit… attention… comme « une fête diluvienne du mouvement et quête intemporelle, incantatoire du nombre d’or et de ses formes parfaites ».  Un projecteur placé derrière le rideau balaie la scène, me faisant penser à un examen d’ophtalmologie. Sept filles et trois garçons entrent et prennent possession de la scène. Les danseurs marchent et courent beaucoup au début de l’œuvre, ils se regardent, se sourient. Evoluent ensemble, en ligne, en cercle, se séparent… un danseur puis deux danseurs reprennent le même mouvement. L’harmonie se crée puis se rompt, se reforme un peu plus loin, un peu plus tard. J’ai eu, à plusieurs reprises, l’impression de voir une tapisserie se faire ou se défaire, une portée s’écrire, s’effacer comme si elle était conçue par un compositeur hésitant.

Pendant 1h10, c’est ainsi une déclinaison, un flux et un reflux de mouvements (parfois très acrobatiques), de couleurs (chair, rose, fuchsia, beige, blanc) et d’humeurs qui s’offrent aux spectateurs sur la partition hypnotique de Steve Reich. Certains mouvements sont très récurrents : sauts de grenouille, mouvements de capoiera, roulades arrière, grands battements… Une répétition qui peut s’avérer lassante par moments et j’avoue m’être demandée après la stimulante séquence « fuchsia » quand la boucle allait être bouclée, si tant est qu’il faille d’ailleurs chercher une fin à ce ballet.

Heureusement, il y a la musique (le spectacle est aussi dans la fosse), les lumières qui passent des clartés mordorées aux tons vifs pour finir sur des lueurs évanescentes, et bien sûr les danseurs de l’Opéra de Paris qui n’économisent pas leur énergie et servent cette partition avec plus ou moins d’ampleur et de décontraction. Mention spéciale à Charlotte Ranson que j’ai trouvée particulièrement à l’aise dans ce registre et à la lumineuse Sarah Kora Dayanova. J’ai également bien apprécié les prestations de Marc Moreau et Adrien Couvez.

Bilan globalement positif pour ma part. Mis à part le dernier quart d’heure qui m’a semblé long, j’ai plutôt adhéré à la proposition de la chorégraphe.

Rain est à l’affiche au Palais Garnier jusqu’au 7 juin

A lire aussi : Amélie, Le petit Rat, Joël Riou

*Interview de Jean-Luc Plouvier. Programme de l’Opéra de Paris, mai 2011.

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2 Commentaires

  • 1
    Cams
    27 mai 2011 - 12:33 | Permalien

    Je n’ai toujours pas pris de place!! il faut que je m’y mette. Les critiques assez partagées ne non pas très encourageantes mais j’ai envie de me faire ma propre idée…

  • 2
    Fab
    27 mai 2011 - 20:50 | Permalien

    Tu as bien raison! Et je t’y encourage… Le ballet suscite des débats et c’est tant mieux. C’est vrai qu’il faut aller à la rencontre de l’oeuvre. Je ne pense pas qu’elle soit immédiatement séduisante.

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