La Source de Jean-Guillaume Bart : Première !

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Première de la Source, création de Jean-Guillaume Bart pour l’Opéra de Paris avec, dans les rôles titres : Ludmila Pagliero (Naïla), Karl Paquette (Djémil), Isabelle Ciaravola (Nouredda), Vincent Chaillet (Mozdock), Mathias Heymann (Zaël), Nolwenn Daniel (Dadjé) et Christophe Duquenne (Le Khan).

Palais Garnier, 22 octobre. Première de la création très attendue de Jean-Guillaume Bart, ancien danseur étoile de l’Opéra de Paris, aujourd’hui professeur et chorégraphe. La Source est un ballet oublié, créé en 1866 à l’Opéra de Paris sur un livret de Charles Nuitter, une chorégraphie d’Arthur Saint-Léon et des musiques de Ludwig Minkus et Léo Delibes. Avec Clément Hervieu-Léger, Jean-Guillaume Bart a revu le livret initial, en se « concentrant sur la lisibilité et l’articulation des épisodes narratifs ».

Jean-Guillaume Bart

Jean-Guillaume Bart

Que raconte justement La Source ? Pour la faire (très) courte, le sacrifice de Naïla, esprit de la Source, pour deux mortels Djémil et Nourreda : Djémil, chasseur, qui tombe amoureux de Nouredda en découvrant les traits de cette dernière sous son voile. Nourreda, promise au Khan, et qui, finalement rejetée, ouvre les yeux et son cœur au courageux chasseur.

Avant de rentrer plus dans le détail de cette première représentation, une impression générale : j’avais vu La Source lors d’un filage et j’avais eu du mal à rentrer dans l’univers proposé malgré la partition chorégraphique virtuose de Jean-Guillaume Bart (avec laquelle les danseurs semblaient d’ailleurs avoir quelques difficultés en répétition). Cette première impression n’a finalement pas été confirmée lors de la Première. J’ai passé une très agréable soirée portée par des danseurs enthousiasmants et enthousiastes. Et en dépit de quelques longueurs, le ballet m’a semblé bien mené, résonnant à la fois des grandes œuvres classiques passées et présentant une identité bien à lui.

Petits bémols : l’émotion que Jean-Guillaume Bart appelle souvent de ses vœux dans ses différentes interviews sur le sens de la danse n’était pas toujours au rendez-vous : la narration et l’action passant parfois, à mon sens, derrière la chorégraphie, qui confine par moments à la démonstration de virtuosité. Par ailleurs, si les costumes de Christian Lacroix ont dans l’ensemble plutôt emporté mon adhésion, je suis plus réservée sur les décors (on dirait une variation sur le thème imposé de la corde) et les lumières.

Rentrons dans le vif sujet. Acte 1. Commençons par l’une des premières apparitions de cette soirée avec Zaël, elfe de Naïla interprété magistralement par Mathias Heymann. Entouré de quatre elfes, qui par ailleurs, sont loin de démériter (Allister Madin, Fabien Révillion, Adrien Bodet et Hugo Vigliotti), Mathias Heymann se joue des difficultés techniques (sauts, petites batteries sur une musique enlevée en diable) avec une aisance insolente. Aux côtés des elfes, les nymphes dont la partition chorégraphique n’est pas des plus originales. Jean-Guillaume Bart parle d’ailleurs d’une évocation des Willis de Giselle ou des Emeraudes de Balanchine. Même si, de là où j’étais, j’ai trouvé ces dames plutôt à l’unisson, tout en délicatesse et en légèreté, je n’ai jamais vraiment accroché à leurs différents passages.

M.Heymann et N.Daniel

Mathias Heymann et Nolwenn Daniel

Dans le monde des mortels, nous avons Djémil, chasseur, qui fait le premier son apparition. Il est incarné par Karl Paquette, que j’ai trouvé un peu éteint ce soir et sans doute pas tout à fait à l’aise avec le style de Jean-Guillaume Bart. Puis c’est au tour de la caravane de Caucasiens de faire son entrée. Parmi eux, Nourreda et son frère, le patibulaire Mozdock. Isabelle Ciaravola campe une Nourreda telle que l’a souhaité Jean-Guillaume Bart, plutôt mélancolique. Vincent Chaillet est un Mozdock de belle facture, plein de mordant dans des danses caucasiennes énergiques et très enlevées pour ces messieurs, qui se sont d’ailleurs taillé un fort beau succès pendant le premier acte (en tout cas, au parterre, ça « bravoisait » sans complexe). J’ai toutefois trouvé le début de la scène un brin longue avant que les danses caucasiennes et le solo d’Isabelle Ciaravola n’emportent finalement mon adhésion.

Naïla enfin (last but not least). Ludmila Pagliero m’a bluffée par sa maîtrise dans une partition chorégraphique, qui rappelons-le, n’est pas avare en difficultés techniques. Jean-Guillaume Bart a placé dans ce domaine la barre très haut. Ludmila Pagliero est sans doute un peu trop terrienne pour restituer pleinement l’évanescence de Naïla et j’aurais préféré la voir dans le rôle de Nourreda qui convient sans doute mieux à son tempérament. Le premier acte se clôture sur une succession de beaux ensembles, très esthétiques et féériques. Le public est d’ailleurs chaleureux.

L.Pagliero et K. Paquette

Ludmila Pagliero et Karl Paquette

Après des rumeurs grandissantes à l’entracte sur une éventuelle nomination de Ludmila Pagliero, retour dans la salle pour le deuxième et dernier acte. Nous sommes cette fois-ci dans le Palais du Khan, costumes chatoyants avec un côté bling-bling qui, ma foi, passe très bien. Christophe Duquenne assure en Khan goguenard et macho à souhait, regardant Dadjé (délicieuse Nolwenn Daniel) avec l’air de dire « Cause toujours, tu m’intéresses ». Isabelle Ciaravola est souveraine, je trouve, dans cette scène, pas tant au plan technique sur lequel j’ai perçu quelques hésitations que sur le plan de l’interprétation, symbolisant à merveille les propos de Jean-Guillaume Bart lorsqu’il parle de « dramaturgie qui amène la danse » et d’« art porteur d’émotions ». Les odalisques sont charmantes, notamment Mathilde Froustey qui déploie des trésors de séduction. Elles parviennent à danser gracieusement malgré leur coiffe, ce qui constitue déjà un exploit en soi. Le personnage de Naïla fait ensuite son entrée et les événements se précipitent. Nourreda est repoussée par le Khan, qui tombe en arrêt devant la beauté de Naïla. Les Caucasiens sont priés de partir. Un épisode bien mené par des danseurs enthousiastes et par une Ludmila Pagliero toujours très en forme, bien secondée par Christophe Duquenne.

L’on retrouve ensuite Nourreda livrée à elle-même, humiliée, rejointe bientôt par Djémil. L’occasion d’un beau pas de deux entre Isabelle Ciaravola et Karl Paquette, alors que le décor réduit à sa plus simple expression semble vouloir imiter le dénuement de Nourreda (ça m’a vraiment désorientée ce décor noir et cette lumière sans nuances, je n’ai pas du tout aimé ce parti-pris minimaliste). Et puis après, pour tout dire, j’ai trouvé le temps long. Mozdock revient (décidément, ce rôle va très bien à Vincent Chaillet), les nymphes aussi, la partition chorégraphique leur étant dévolue ne parvenant toujours pas à me convaincre. Naïla, l’esprit de la Source se sacrifie pour que l’amour de Nourreda et du chasseur puisse continuer à vivre. J’avoue avoir regardé tout cela avec une certaine froideur, pas émue du tout par la mort de Naïla. Les atermoiements sur «  Naïla va-t-elle sauver Nourreda ? » m’ont semblé bien longs alors que le moment ultime où Naïla s’éteint m’a paru trop vite expédié.

Au final, une impression très positive malgré quelques réserves. Et dans la salle, des applaudissements très chaleureux. J’ai hâte maintenant de découvrir les autres distributions pour confronter mes impressions. Ah oui…  pas de nomination finalement pour cette Première.

C. Lacroix et L. Pagliero

Christian Lacroix et Ludmila Pagliero

La Source est à l’affiche au Palais Garnier jusqu’au 12 novembre. Une diffusion en direct le vendredi 4 novembre à 19h30 dans plusieurs salles de cinéma avec Gaumont/Pathé  est également prévue.

Comptes rendus à lire ou à venir sur le blog du Petit Rat, de Pink Lady, de Joël, d’Anne-Laure, d’Une passionnée

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13 Commentaires

  • 1
    luciole
    23 octobre 2011 - 12:11 | Permalien

    Bonjour, j’y étais hier et je partage les mêmes impressions. Très bon débrief de la soirée! Pour moi ludmila n’aurait pas mérité qu’on la nomme sur ce ballet et encore mois avec cette soirée. Je n’arrêtais pas de me demander ce qu’aurait donné la presta de myriam que j’aurai tant aimé voir…
    Bon, une fois n’est pas coutume j’ai trouvé la presta de Paquette pas au niveau d’un danseur étoile. Cela fait plusieurs fois que je vois (je me tape ?) Paquette et il ne m’a JAMAIS plu. J’entends ça et là qu’il est capable de belles prestations mais bizarrement je ne suis jamais tombée dessus ! Comment a-t-il bien pu être nommé étoile ! A moins que son corps ne puisse plus suivre ? Il faisait bien pâle figure à côté de Mathias heymann… en tout cas pour ce dernier j’ai été plus que ravie d’entendre le public aussi enjoué pendant le spectacle et au moment des saluts, ça me rassure.
    La soirée était tout même très sympathique…. Hâte d’entendre les commentaires de la distrib myriam !

  • 2
    23 octobre 2011 - 12:37 | Permalien

    T’es trop rapide fab! j’en suis au titre…
    d’accord avec toi sur les passages un peu longuets des nymphes.
    J’ai discuté avec plein de gens d’accord sur le fait que la fin manque d’émotion, bon il faut dire que c’est pas bien crédible ce sacrifice (ben oui au nom de quoi???). J’arrête mes bêtises, je m’en vais rédiger mon compte rendu!

  • 3
    23 octobre 2011 - 13:45 | Permalien

    > ben oui au nom de quoi?
    Ben de l’amour, voyons !

  • 4
    elendae
    23 octobre 2011 - 14:17 | Permalien

    Merci pour ton joli compte-rendu et les belles photos qui l’accompagnent ! Il me tarde d’y retourner. Je regrette un peu de n’avoir pas prévu une autre date avec Ludmila Pagliero pour pouvoir enfin m’en faire une opinion dans de bonnes conditions. Mais je ne vais pas non plus passer toutes mes soirées à l’opéra…
    Je suis contente que le public ait été chaleureux, c’est assez rare pour être noté ! Bien souvent je trouve que les danseurs ne sont pas applaudis à leur juste valeur et que le public est un peu blasé…sans parler de tous ceux, et ils sont nombreux, qui ne se rendent visiblement à l’ONP que pour se lamenter sur le niveau abyssal des productions et feraient sans doute mieux de se trouver une autre occupation pour égayer leurs soirées (karaoké ? macramé ?…)

  • 5
    24 octobre 2011 - 12:28 | Permalien

    Merci pour ce très beau compte rendu !
    J’ai beaucoup aimé cette création, très classique au fond.
    J’ai particulièrement apprécié Mathias Heymann et ses sauts. Il a vraiment surpassé tout le monde…
    Quant aux décors, je m’interroge dans mon billet sur la symbolique des cordes : volonté de ne pas trop charger l’ensemble, vu le brillant des costumes ? Symbolique d’un ailleurs irréel ??

  • 6
    Fab
    24 octobre 2011 - 13:18 | Permalien

    @Anne-Laure Très juste ce que tu dis sur ton blog. Outre le fait que Karl Paquette semblait un peu fatigué (@Luciole), il a sans doute souffert de la comparaison avec Mathias Heymann qui excelle dans ce genre de prouesses. @Le Petit Rat @Joël Ben vi, au nom de l’amour. Et puis, c’est une nymphe. elle ne réfléchit pas comme nous. Elle sait se détacher des intérêts métériels… ;-) @Elendae Par rapport à tes dernières phrases sur le public blasé, j’ai croisé à la sortie quelques personnes (pas des bloggeurs, je précise) qui avaient trouvé qu’un tel n’était pas bien, qu’une autre n’avait aucun charisme, et qu’une telle non plus, vraiment, plus rien à en tirer. Tout ça, dit avec un tel air catégorique! Sans verser dans l’angélisme permanent, je trouve ça triste d’avoir un regard aussi désabusé (et aussi dur) sur les danseurs.

  • 7
    24 octobre 2011 - 17:28 | Permalien

    Bon je suis contente que l’impression laissée par la répétition AROP ne se confirme pas!
    J’ai hâte maintenant de voir une vraie représentation.
    Tes photos sont très belles, tu avais l’air d’être bien placée.

  • 8
    24 octobre 2011 - 17:30 | Permalien

    bonjour,

    nous sommes effectivement très fiers de pouvoir proposer une retransmission de « La Source » pour toutes les personnes qui n’ont pas la chance de pouvoir venir à l’Opéra de Paris.

    J’ai lu avec beaucoup d’attention votre article. C’est agréable d’avoir des avis aussi fouillés et de confronter les opinions et sensibilités d’un blog à l’autre. Je vais donc attendre les autres comptes-rendus avec plaisir.

    Bonne continuation à vous et à très bientôt,

    Nicolas pour Pathé Live

  • 9
    24 octobre 2011 - 18:45 | Permalien

    J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ton compte-rendu! Je suis tout à fait d’accord avec toi sur Ludmila Pagliero: techniquement c’est très beau, mais il lui manque cette légèreté qui lui donnerait ce côté immatériel. (J’ai d’ailleurs hâte de découvrir Myriam Ould Braham en scène..) Concernant les passages des nymphes, j’ai moi aussi (et la personne qui m’accompagnait également!) eu du mal à me laisser transporter dans leur univers, et je trouvais les passages longs, contrairement aux interventions exceptionnelles du Zaël de Mathias Heymann! Au final, une belle soirée!

  • 10
    25 octobre 2011 - 15:15 | Permalien

    Merci pour ce compte-rendu. Je partage plus ou moins tes impressions.
    Je ne pourrai pas voir une autre distribution malheureusement mais je parie sur Myriam Ould-Braham comme interprète de rêve de Naïla.

  • 11
    Jean-Pierre
    27 octobre 2011 - 18:21 | Permalien

    Modeste amateur venu depuis Annecy pour assister à cette première, je trouve certains commentaires un peu sévères pour Ludmila Pagliero dont j’ai aussi beaucoup apprécié la prestation. J’ai d’ailleurs regretté qu’elle ne reçoive pas la même ovation que Mathias Heymann effectivement exceptionnel mais qui bénéficiait d’un rôle « sur mesure » pour briller.

  • 12
    Fab
    30 octobre 2011 - 11:47 | Permalien

    @Jean-Pierre Je pense que Ludmila Pagliero a fait montre dans ce rôle d’une très bonne technique, qui était très réjouissante à regarder. Mais je suis d’accord avec @Alice et @Une passionnée pour dire qu’il lui manque sans doute un côté évanescent pour être totalement crédible en Naïla. Je vois effectivement davantage Myriam Ould-Braham dans ce rôle. A mon sens, le rôle de Nourreda aurait davantage collé au tempérament de Melle Pagliero.

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