Représentation de Cendrillon, le 1er décembre à l’Opéra Bastille avec dans les rôles titres : Dorothée Gilbert, Florian Magnenet qui a remplacé Nicolas Le Riche au début du IIe acte dans le rôle de l’acteur-vedette, Alice Renavand et Nolwenn Daniel (les deux sœurs), Simon Valastro (la Marâtre), Karl Paquette (le Producteur) et Alessio Carbone (le Professeur de danse).
Cette représentation aura été marquée par l’apparition éclair de Nicolas Le Riche, qui une fois sa première variation de l’acteur-vedette terminée a dû quitter la scène sur blessure et a été remplacé au pied levé par Florian Magnenet. J’espère pour lui qu’il ne s’agit de rien de trop grave. Il est également distribué sur Onéguine, dont il doit assurer la Première aux côtés d’Aurélie Dupont vendredi prochain. J’ai peur qu’il ne puisse pas en être…
Revenons à cette soirée. Cendrillon est un ballet qui m’avait enchantée quand je l’avais vu, il y a quatre ans, sur la scène de Garnier. Quand je l’ai revu, il y a quelques jours, lors de la répétition générale, je me suis demandée ce que j’avais bien pu lui trouver. Certes, déplacer Cendrillon dans un cadre hollywoodien avec King-Kong, producteur et acteur-vedette est une idée plutôt sympa. Mais pour le reste…j’ai connu Noureev plus inspiré sur le plan de la chorégraphie. Et puis, sur la scène de Bastille, avec ces lumières un peu froides, on a parfois du mal à se sentir porté par l’œuvre.
Acte 1. Ce premier acte s’ouvre sur la maison de Cendrillon, ses deux sœurs pestes, sa marâtre et son père qui s’oublie dans boisson, incarné ici par Pierre Rétif. Dorothée Gilbert est une Cendrillon douce, rêveuse, forcément un peu triste, en définitive, convaincante et que l’on se réjouit de voir évoluer dans des soli pourtant pas toujours très transcendants, au niveau chorégraphique. Elle s’est, en tout cas, taillé un franc succès après le passage de claquettes, toujours aussi agréable à regarder.
Alice Renavand (la sœur en bleu), Nolwenn Daniel (la sœur en rose) et la mère (Simon Valastro) forment un trio assez déséquilibré. Alice Renavand adopte ici le parti pris d’une sœur très nunuche qui joue plus sur la bêtise que sur la méchanceté alors que Simon Valastro n’a pas trop donné dans le registre comique. Et Nolwenn Daniel, du coup, face à une Alice Renavand déchaînée, a eu un peu de difficultés à exister. Alessio Carbone était parfait en professeur de danse et la leçon donnée aux deux sœurs à la barre m’a fait franchement sourire, avec une Alice Renavand assez hilarante.
Heureusement pour Cendrillon, le producteur Karl Paquette l’arrache à cette existence pas franchement rigolote. Un détour par le défilé de mode des saisons dans lequel j’ai particulièrement aimé Eve Grinsztajn en Eté, avant d’arriver aux studios d’Hollywood, un dernier tableau plutôt réussi. Je le dis haut et fort, j’aime le concept des danseurs incarnant les douze heures de l’Horloge et donc, un peu plus tard, les douze coups de minuit, mais les costumes, c’est pas possible, vraiment, même au deuxième degré… Un premier acte, en tout cas, très applaudi. J’avoue que pour ma part j’attendais surtout de voir enfin Nicolas le Riche en acteur-vedette dans le deuxième acte.
A l’entracte, je retrouve Cams qui, à cause de problèmes de transport, a raté le premier acte de peu. J’essaie de lui remonter le moral en lui disant qu’elle n’a pas manqué Nicolas Le Riche et qu’il lui reste tout de même deux actes.
Acte 2. Nicolas arrive donc. Il joue l’acteur-vedette. Il descend le grand escalier du plateau de tournage, fait sa variation et quitte la scène assez précipitamment. Je me dis que c’est étrange qu’il reparte dans les coulisses aussi vite. Mais les danseurs de l’Opéra sont de tels professionnels que je n’ai senti à aucun moment un quelconque moment de flottement sur scène. Je ne connais pas assez bien le ballet mais à priori, Yann Saïz (débonnaire metteur en scène) et Karl Paquette ont pris le relais de façon très naturelle et cinq minutes plus tard, l’acteur-vedette reparaissait nettement plus grand, en la personne de Florian Magnenet.
Passées la première surprise et la déception de ne pas voir danser Nicolas Le Riche, je dois dire que j’ai été impressionnée par la façon dont Florian Magnenet a repris le rôle au pied levé et surtout la manière dont il a trouvé instantanément avec Dorothée Gilbert une complicité et une entente. Le Pas de deux du tabouret, qui demande une véritable connexion entre les deux danseurs, a été très bien mené. Face à une Dorothée Gilbert, toujours dotée d’une grande aisance technique, Florian Magnenet a su trouver sa place et exister.
Un deuxième acte d’ailleurs très distrayant. Si le tournage des trois films du début m’a paru un peu long, j’ai en revanche bien apprécié les essais de Cendrillon, avec la verve d’Alice Renavand, de Yann Saïz, l’élégance d’Alessio Carbone, et le partenariat convaincant de Dorothée Gilbert et Florian Magnenet.
Acte 3 ou l’acte de la recherche du pied qui irait bien dans le soulier. Après la quête de l’acteur-vedette dans la taverne espagnole, le bouge chinois et le cabaret russe, retour dans la maison de Cendrillon. Du côté des sœurs, ça s’amuse toujours avec un parti pris définitivement plus du côté de la bêtise que celui de la méchanceté. Alice Renavand nous offre une prestation assez déjantée, bien secondée par Nolwenn Daniel, qui reste toutefois plus dans la réserve. Même Simon Valastro force un peu plus le trait…
Vous connaissez la fin. L’acteur-vedette retrouve sa star de cinéma en la personne de Cendrillon, qui aux douze coups de minuit avait dû abandonner ses stilettos argentés pour revêtir sa triste robe grise et son fichu. Elle signe un beau contrat et avec l’acteur-vedette, ils s’apprêtent à toucher plein de gros cachets.
Le pas de deux final, sous les yeux du producteur, fonctionne très bien. Dorothée Gilbert et Florian Magnenet ont su trouver une véritable harmonie et ont livré une dernière prestation à la fois élégante et touchante. J’ai, au final et malgré mes réserves sur ce ballet, passé une très bonne soirée.
Cendrillon est à l’affiche à l’Opéra Bastille jusqu’au 31 décembre.



4 Commentaires
Quelle poisse quand même cette période de fin d’année ! ça me surprend quand même que Nicolas le Riche se soit blessé sur cette variation, ce n’est pas non plus le top du hardcore en termes de difficulté. Il ne s’était sans doute pas assez échauffé. Tu n’as rien vu du tout au moment de sa variation ?
Je me demande toujours comment ils font dans ces moments là, déjà, comment tu gères une crampe, ensuite, comment tu gères quand tu te blesses et que tu continues tout sourire à danser alors que n’importe qui (enfin, sûrement moi par exemple) se roulerait en boule en pleurant…Des vrais pros, comme tu dis.
Cette blessure a entraîné quand même pour moi un bienfait surprenant, celui de passer une soirée enthousiasmante samedi soir grâce à…Karl Paquette, mais oui ! du ballon, du lyrisme, des réceptions impeccables, des triples tours en l’air au millimètre, des sauts en suspension…bon, niveau partenariat on sentait que ça n’était pas tout à fait rôdé (Dorothée était un peu crispée), mais il m’a vraiment bluffée ! J’avais l’impression que c’était le genre de danseur à être meilleur en répétition que sur scène, peut-être que c’est aussi le genre de danseur à se révéler dans l’adversité…