Onéguine au Palais Garnier : Première !

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Première du ballet Onéguine de John Cranko au Palais Garnier avec Evan McKie (Eugène Onéguine), Aurélie Dupont (Tatiana), Myriam Ould-Braham (Olga), Josua Hoffalt (Lenski) et Karl Paquette (Prince Grémine).

Oneguine_Dupont_McKie

Aurélie Dupont et Evan McKie

Disons-le tout de go. J’ai passé une excellente soirée, une de celles qui illumine une semaine, dont on se dit qu’elle restera en mémoire. Evan McKie, tout droit venu du ballet de Stuttgart pour remplacer au pied levé, Nicolas Le Riche, blessé, a été parfait en Onéguine, charismatique, promenant dans les deux premiers actes son indifférence au monde teintée de cynisme avant de se confronter au troisième acte aux feux de la passion. En plus d’être un interprète plus que convaincant, Evan McKie possède de belles lignes amples, déliées ainsi que des bras et des mains qui n’oublient jamais de danser, de donner à voir, de faire ressentir (oui, je suis conquise…).

Aurélie Dupont a, quant à elle, incarné avec beaucoup de justesse une Tatiana d’abord réservée au premier acte, qui se découvre amoureuse, passionnée avant d’être rejetée au deuxième acte et de livrer au final un vrai combat contre ses sentiments. Au niveau technique, elle paraît à l’aise, toujours aussi musicale, précise et semble s’être ajustée facilement à la taille de son partenaire.

Quant au duo Myriam Ould-Braham/Josua Hoffalt, déjà vu récemment sur la Source de Jean-Guillaume Bart, il est toujours très bien assorti. Les deux danseurs évoluent ensemble avec beaucoup d’aisance et de naturel. On en redemande !

Le tout servi par un corps de ballet enthousiaste et précis, dans un écrin de décors et de lumières, restituant bien l’ambiance et le cadre de cette histoire.

Revenons plus en détails sur cette soirée et ce ballet, inspiré par le roman en vers d’Alexandre Pouchkine.

Acte 1. Celui de l’apparition d’Onéguine. L’on fait d’abord la connaissance des sœurs Tatiana et Olga, la première plutôt introvertie, perdue dans ses livres, la seconde solaire et juvénile. Aurélie Dupont et Myriam Ould-Braham sont d’emblée crédibles dans ces postures. Cette dernière, qui me semblait un peu tendue techniquement au premier abord, s’épanouit à l’arrivée de Josua Hoffalt-Lenski, très en forme dans ce premier acte. Tous deux nous livrent un premier pas de deux gracieux, aérien, complice. Mis à part un tour en attitude avant qui tremblait un peu, ce pas de deux m’a semblé être un petit joyau.

Saluts_Oneguine

Le quatuor magique...

Arrive ensuite McKie-Onéguine, qui impose d’emblée son magnétisme et trouble la belle Tatiana. Aurélie Dupont, sans se départir de la réserve de son personnage, regarde Onéguine comme s’il était tout droit sorti d’un livre. Ce dernier, s’il reste poli, montre bien vite son indifférence, avec ce côté blasé, presque désabusé qui semble dire « Mais que me veut donc cette petite fille ? ».

La scène de la chambre est ensuite le grand temps fort de ce premier acte. Tatiana, dans sa chambre, pense à Onéguine et décide de lui écrire une lettre. Elle s’endort et rêve de lui, bien sûr… L’occasion d’un pas de deux aux portés acrobatiques qui semblent ne jamais devoir s’arrêter, au mépris de l’émotion, à mon sens. Aurélie Dupont et Evan McKie ont eu peu de temps pour répéter cet exercice périlleux. Ils s’en sortent plutôt bien, même si on lisait, à certains moments, sur leurs visages plus de concentration que de passion.

Deuxième acte. Nous sommes à l’anniversaire de Tatiana, qui entre-temps, a fait parvenir sa lettre à Onéguine. Tatiana qui espère, qui, bras implorants, équilibres dans lesquels elle semble mettre toute son âme, tente d’attirer l’attention d’Onéguine… lequel, glaçant à souhait, ne cesse de la fuir pour finalement déchirer sa lettre. Pire : pour tromper son ennui et s’amuser un peu, Onéguine décide de séduire la jeune Olga. Là encore, le quatuor fait merveille : tandis que Dupont-Tatiana triste et penaude essaie de faire bonne figure en observant McKie-Onéguine à la dérobée, Ould-Braham-Olga joue à la chipie adorable, tout à la joie d’être ainsi courtisée sous le regard courroucé de Hoffalt-Lenski.

Et puis, c’est le drame, la coupe est pleine. Lenski provoque Onéguine en duel. Evan McKie et Josua Hoffalt se lancent des regards à faire peur, se toisent, se provoquent, se heurtent dans un débordement de testostérone (euh…je m’égare). Bref, malgré le désespoir et les supplications de Tatiana et d’Olga, alea jacta est. Duel il y aura ! Malheureusement Josua Hoffalt-Lenski, à qui on pardonne deux petits déséquilibres dans sa variation au vu de sa très convaincante prestation générale, n’en réchappera pas.

Troisième acte. Dix ans plus tard… Onéguine retrouve Tatiana, mariée au Prince Grémine, incarné par Karl Paquette (qui, par ailleurs, danse actuellement pas moins de quatre rôles dans Cendrillon et Onéguine). Si le pas de deux du couple officiel, par ailleurs bien exécuté, n’a pas été mon moment préféré, il y transparaissait le tendre attachement unissant Tatiana et le Prince.

Onéguine, de son côté, se souvient et conçoit quelques remords de son attitude et de cette vie sans amour. Il avoue alors ses sentiments à Tatiana par le biais d’une lettre, avant de venir la retrouver. Des retrouvailles émouvantes, bouleversantes qu’Evan McKie et Aurélie Dupont ont porté avec brio, sans demi-mesure, ni tiédeur mais avec une véritable prise de risque et un investissement allant crescendo avec la musique. On lisait dans ce pas de deux de l’amour, de la colère, de l’abandon, de la résignation. Sentiments servis par un partenariat fluide, une belle qualité de danse et une Aurélie Dupont, incandescente, digne et désespérée de devoir rejeter cet amour.

Un seul mot : bravo !

Saluts d'Onéguine avec A.Dupont et E. McKie

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8 Commentaires

  • 1
    10 décembre 2011 - 08:25 | Permalien

    Compte-rendu complet et très enthousiaste, merci ! Cette distribution m’a conquise également, quasi jusqu’aux larmes. J’en fais un lien depuis mon billets sur Onéguine/Pouchkine ;)

  • 2
    Fab
    10 décembre 2011 - 10:41 | Permalien

    Merci ! :-)

  • 3
    elendae
    10 décembre 2011 - 11:43 | Permalien

    Merci pour ce compte-rendu ! :-) Je ne m’en remets toujours pas, de cette soirée…je réfléchis à faire un tour aux guichets pour aller implorer une place de fin fond de stalles juste pour apercevoir à nouveau ce splendide Onéguine !
    Quand je lis, ailleurs, que certains trouvent que l’interprétation d’Evan McKye était trop maniérée, je n’en reviens pas…c’est un dandy, un héros romantique, on n’attend pas ici de la virilité brute et poilue ! Et cependant, comme tu le soulignes, de la testostérone, mazette, il y en avait ! ;-)
    Bon, je vais aller essayer à présent d’émerger de mes souvenirs de la soirée d’hier…(mais je vais quand même passer aux guichets)

  • 4
    Laetis
    10 décembre 2011 - 22:21 | Permalien

    merci, merci pour ton enthousiasme! moi qui était déçue de ne pas voir Nicolas Leriche le 19 décembre, je suis maintenant super excitée à l’idée de découvrir Ewan Mc Kie! j ai lu beaucoup de commentaires et de tweets si dithyrambiques! j’ espère que je ne serai pas déçue. En attendant je lis le roman de Pouchkine!

  • 5
    12 décembre 2011 - 15:42 | Permalien

    « je réfléchis à faire un tour aux guichets pour aller implorer une place de fin fond de stalles juste pour apercevoir à nouveau ce splendide Onéguine ! »

    … Je dois avouer que c’est ce que j’ai fait.
    Merci pour ce photographies et pour ce compte-rendu enthousiaste !

  • 6
    Fab
    12 décembre 2011 - 20:58 | Permalien

    @Hendiadyn @Laetis Merci pour vos messages. Je dois dire que j’ai été conquise et touchée par cette distribution. C’est pour le moment ma plus belle soirée à l’Opéra de Paris depuis le début de la saison @elendae Je vois que tu es mordue ;-)

  • 7
    15 décembre 2011 - 02:23 | Permalien

    J’ai vu cette distribution dimanche. Elle m’a semblé idéale !

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