Premier rendez-vous de l’année à l’amphithéâtre Bastille pour une répétition très studieuse menée par Dominique Mercy, fidèle danseur et collaborateur de Pina Bausch, aujourd’hui co-directeur artistique du Tanztheater Wuppertal. Séance de travail 100% masculine avec les deux Orphée de cette cuvée 2012 : Stéphane Bullion et Nicolas Paul.
C’est un format auquel je n’étais pas habituée mais qui se révèle très intéressant. Au lieu de la traditionnelle répétition autour du couple de solistes, ce sont cette fois-ci deux danseurs qui travaillent le même rôle, la même prise de rôle devrait-on d’ailleurs dire.
On en vient très vite au fait dans cette séance de travail qui débute sans grands palabres. Juste le temps d’apprendre l’essentiel : Orphée et Eurydice a été chorégraphié en 1975 par Pina Bausch, sur la partition de Gluck. Cet ballet a fait son entrée au répertoire de l’Opéra de Paris en 2005. « Je suis très heureux de remonter Orphée à l’Opéra » explique Dominique Mercy en guise de préambule.
Et les choses sérieuses commencent. Premier air du deuxième acte. Orphée commence son difficile parcours au sein des Enfers. C’est un Stéphane Bullion très concentré, les yeux baissés vers le sol, qui commence. Dominique Mercy, qui a dansé le rôle en 1975, corrige, précis et minutieux : « Là, ne t’en va pas trop vite. Reste un peu sur ta jambe de terre ». Beaucoup de corrections également sur les bras, dont on voit toute l’importance, voire l’omniprésence dans la chorégraphie.
Au tour ensuite de Nicolas Paul, un tout autre style, plus d’expressivité, un placement un peu moins précis peut-être. Un enchaînement après une course à travers la scène semble donner du fil à retordre au danseur : « Il faut que tu prennes le risque d’être un peu en déséquilibre », conseille Dominique Mercy. On sent chez ces danseurs de l’Opéra de Paris, que le rythme impulsé par la chorégraphie de Pina Bausch, l’ « abandon » à trouver sur certains gestes n’est pas si évident à appréhender et à maîtriser.
On bosse… on bosse ! Pas de place pour les applaudissements. Troisième air du deuxième acte. Nous sommes toujours dans les Enfers. Stéphane Bullion commence, plus relâché et livre une prestation intéressante, plutôt bien placée. « Il faudrait que tu essaies de courir sans qu’on t’entende », assène gentiment Dominique Mercy devant Stéphane Bullion, sourire timide. Le répétiteur insiste sur certains gestes, sur ce fameux abandon « il faut savoir laisser vivre le mouvement »… « Il faut que ce soit comme un roseau dans le vent, sans force », indique-t-il un peu plus tard. Le danseur étoile recommence, retravaille : « Tu m’as pas sucré un petit demi-plié quelque part ? », demande Dominique Mercy, amusé. Nicolas Paul exécute, à son tour, la variation, plus hésitant que son collègue mais jouant à fond la carte de l’expressivité, voire d’un certain lyrisme : « Pars avec ça et laisse la tête faire ce qu’elle a à faire », explique le directeur artistique du Tanztheater Wuppertal en se touchant le buste. « C’est ça qui sort et la tête suit ».
Troisième passage. Nous sommes cette fois-ci au troisième acte. Orphée est parvenu à traverser les Enfers. Il s’apprête à retrouver Eurydice. Toujours beaucoup de corrections sur les bras, mais aussi sur les intentions, le regard, l’énergie : « Il y a trop de force dans le tour. C’est juste une petite impulsion ». Certains mouvements, qui n’ont pas l’air comme cela, si complexes, se révèlent en fait très « piégeux », requérant beaucoup de précision et de maîtrise, de contrôle, alternant élan, contraction, lâcher prise, vitesse et suspension du temps. Dominique Mercy en possède toute la gamme et le voir montrer les mouvements aux danseurs est un réel plaisir.
Stéphane Bullion et Nicolas Paul incarnent, en tout cas, des Orphée aux tempéraments très différents. Ils sont distribués respectivement aux côtés de Marie-Agnès Gillot et d’Alice Renavand. La Première de cet opéra dansé aura lieu au Palais Garnier le 4 février.


4 Commentaires
Merci pour ce compte-rendu!! Cela me donne envie de revoir ce « ballet -opéra »!
Merci pour ce compte-rendu. Je n’avais pas pu assister à cette répétition, cela devait être intéressant de voir deux danseurs travailler sur le même rôle.
Merci pour vos commentaires! Je suis curieuse de voir ce que ça va donner sur scène!
Cette séance fut en effet très intéressante. Bullion et Paul ont en plus en commun d’être très sympathiques. Je suis ravi que l’un et l’autre aient été retenus pour cet Orphée.
Ce soir, c’est la Générale. J’y serai…