Orphée et Eurydice : Première !

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Première à l’Opéra Garnier de l’opéra dansé de Pina Bausch, Orphée et Eurydice. Dans les rôles-titres, Stéphane Bullion (Orphée), Marie-Agnès Gillot (Eurydice) et Muriel Zusperreguy (Amour).

Ce ballet a été créé en 1975 par la chorégraphe Pina Bausch au sein du Tanztheater Wuppertal. C’est un opéra dansé qui présente donc la particularité de réunir des danseurs et des chœurs avec, pour chaque rôle-titre, deux artistes sur scène, chanteur et danseur, versants d’une même émotion. Stéphane Bullion, Marie-Agnès Gillot et Muriel Zusperreguy étaient ainsi accompagnés de Maria Riccarda Wesseling, Yun Jung Choi et Zoé Nicolaidou.

J’ai beaucoup aimé ce parti-pris d’associer ainsi un chœur chantant et un chœur dansant faisant écho l’un à l’autre tout au long de l’œuvre, sur la magnifique partition de Gluck. Dans le dernier tableau, ce corps-à-corps porte à son apogée l’onde de choc provoquée par la mort d’Eurydice. J’y reviendrai. Autre réussite : la mise en scène, portant avec intelligence et esthétisme ce célèbre mythe.

Premier tableau : deuil

Eurydice est décédée, Orphée est désespéré. Stéphane Bullion, qui m’avait semblé un peu absent lors de la répétition générale, m’a ici bien plus convaincue, restituant bien l’état d’esprit du personnage, sa tristesse et son abattement mêlés de défi. Après, – mais c’est un peu une constante chez ce danseur terrien et athlétique, le haut du corps ne m’a pas semblé suffisamment libéré et délié. Pas facile de « laisser vivre le mouvement », comme l’expliquait Dominique Mercy, lors de la répétition publique.

Face au corps de ballet impeccable,  Muriel Zusperreguy, toute de  blanc vêtue, incarne avec douceur et gaieté Amour, celle qui trace la voie de l’espoir et des retrouvailles avec Eurydice. Fin du premier tableau : Orphée s’apprête à entamer un long voyage, décidé et grave…

Deuxième tableau : violence

Avec le monde des Enfers mené par un trio efficace, Cerbère à trois têtes composé d’Aurélien Houette, Vincent Cordier (charismatique) et Vincent Chaillet. Orphée vient plaider sa cause dans ce chaos d’où l’on ne semble pourvoir s’échapper, cerné par des Furies et des personnages aveugles, avançant à tâtons dans ce monde d’obscurité. Le corps de ballet est, une nouvelle fois, très investi, en place, en un mot enthousiasmant.

Troisième tableau : paix

Quel beau tableau. Le chœur dansant des femmes est une réussite et dégage une impression de vraie sérénité, après le monde de chaos du deuxième tableau. J’y ai beaucoup apprécié la présence lumineuse de Charlotte Ranson et d’Alice Renavand, qui endosseront respectivement, dans la deuxième distribution, les rôles d’Amour et d’Eurydice. L’on voit également dans ce tableau Eurydice, interprétée avec sensibilité et passion par Marie-Agnès Gillot (j’ai regardé à plusieurs reprises son visage avec mes jumelles… elle semblait habitée par le rôle). Fin du troisième tableau : Orphée et Eurydice, main dans la main s’en vont. A voir la tête d’Orphée, on se dit que c’est quand même pas gagné.

Marie-Agnès Gillot et Yun Jung Choi

Quatrième tableau : mort

Qu’il est long ce chemin pendant lequel Orphée ne doit jamais regarder en arrière, vers sa douce compagne. Eurydice s’interroge, désespère, Orphée essaie de tenir bon, résiste et puis cède. Mais regarder Eurydice, c’est la condamner. Une deuxième mort, insupportable. Stéphane Bullion a su trouver une façon très crédible de donner à voir le désespoir insurmontable qui l’étreint au moment où il comprend qu’il a, à jamais perdu son Eurydice. Mais dans ce tableau, c’est bien davantage le jeu des chanteuses que celui des danseurs qui m’a ému. Le « Ach, ich habe sie verloren » chanté comme une litanie par Maria Riccarda Wesseling, au-dessus du corps d’Eurydice, était bouleversant, vibrant de tristesse. Le ballet se finit comme il a commencé, dans le deuil et l’affliction, les corps d’Orphée et d’Eurydice étendus par terre.

Orphée et Eurydice est à l’affiche au Palais Garnier jusqu’au 16 février.

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2 Commentaires

  • 1
    elendae
    5 février 2012 - 17:50 | Permalien

    Eh bien alors, il était un peu en retard ce compte-rendu ! ;-)
    Comme d’habitude 100% d’accord avec toi.
    Le tableau que j’ai préféré était quand même le deuxième, de plus j’adore l’idée de ces grandes chaises qui, si on y ajoute les mouvements désordonnés et répétitifs des danseurs du corps de ballet, confèrent une tonalité absurde et surréaliste à la scène.
    Stéphane Bullion était absolument sinistre lors des saluts (je l’ai remarqué sur mes photos), j’espère pour lui qu’il était seulement encore habité par le rôle !
    Ce matin je me suis réveillée en me disant qu’il fallait que j’y retourne. Finalement je n’ai pas encore décidé. Mais il est probable, si j’arrive à braver le froid, que j’aille quand même sonder nos amis de la billetterie demain…je te tiens au courant ;-)

  • 2
    genoveva
    7 février 2012 - 00:23 | Permalien

    J’ai également trouvé Vincent Corder « charismatique » !!!

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