Pour ces premières « Rencontres ballet » de la saison, rendez-vous était donné à l’amphithéâtre Bastille autour de la création de la danseuse étoile Marie-Agnès Gillot pour l’Opéra de Paris : « Sous Apparence », avec les danseurs Alice Renavand, Aurélia Bellet et Vincent Chaillet.

Merci à Elendae pour la photo. De gauche à droite : Aurélia Bellet, Vincent Chaillet, Marie-Agnès Gillot et Alice Renavand
« Les apparences sont innocentes de nos erreurs ». C’est autour de cette phrase que Marie-Agnès Gillot a construit sa première création pour l’Opéra de Paris, entourée du plasticien Olivier Mosset et de Laurence Equilbey pour la dramaturgie musicale. Cette répétition publique, à l’amphithéâtre Bastille, offrait donc l’occasion d’en savoir un peu plus sur les intentions et le travail de la danseuse-chorégraphe.
Pour ouvrir le bal, Brigitte Lefèvre, directrice de la danse, qui profite de l’occasion pour faire un petit bilan des événements écoulés (notamment la tournée de l’Opéra de Paris aux Etats-Unis), de la saison à venir… en passant par un propos pour le moins sibyllin sur les commentaires positifs que ce type de répétition publique, pendant laquelle les artistes dévoilent un travail pas tout à fait achevé, se devait d’engendrer (un message à faire passer aux blogueurs/forumers/twittos, chère Brigitte ?).
Marie-Agnès Gillot arrive ensuite sur le plateau, enveloppée dans un collant de laine (qui, aparté fashion, a dû être tricoté par l’ancien danseur Michaël Denard, il me semble). Avec elle, pour cette heure de répétition, trois danseurs : Aurélia Bellet, qui remplaçait Laëtitia Pujol initialement prévue mais finalement indisponible, Vincent Chaillet et Alice Renavand. Le travail de pointes semble être au cœur de cette nouvelle création et personne n’y échappe, pas même Vincent Chaillet.
Le travail commence sans attendre. Pas d’explications de Marie-Agnès Gillot sur son œuvre ni d’entrée en matière. Elle pose rapidement son micro à terre et entame la répétition avec ses danseurs, apparemment impatiente de rentrer dans le vif du sujet. On perd en convivialité et en lisibilité ce qu’on gagne en intimité, avec cette impression d’assister à un véritable travail de création en studio. Premier constat : mais pourquoi n’a-t-on jamais fait danser davantage les hommes sur pointes ? (quand on voit ce que les Trocks de Monte-Carlo sont capables de faire…). Le spectacle de la longue silhouette de Vincent Chaillet en train de se mouvoir sur pointes, de tourner, de nous gratifier de superbes arabesques (dont une est d’ailleurs en lice pour le prix de la plus belle arabesque de l’année) dégage une beauté à la fois étrange et fascinante.
Alice Renavand et Aurélia Bellet évoluent en miroir tout en poses félines avant de rejoindre Vincent Chaillet pour un trio particulièrement enchevêtré. Marie-Agnès Gillot crée, danse, expérimente, interroge « C’était moche là ? », demande-t-elle en se retournant vers Florence Clerc et Laurent Hilaire, assis au premier rang. Sur un tour accroupi sur pointes à la « Apollon Musagète » sur lequel Aurélia Bellet semble avoir quelques difficultés, Marie-Agnès Gillot prend sa place et constate : « Ah mais oui, c’est plus dur à gauche ». La répétition continue ainsi, émaillée de mouvements « reverse » et d’indications parfois croquignolesques « mets plus de wave dans ta cage thoracique ».
La chorégraphe cherche, adapte les mouvements, essaie d’aller toujours plus loin, entre concentration et bonne humeur, dans un dialogue complice jamais interrompu avec les danseurs qui tentent de reproduire et d’assimiler rapidement la chorégraphie. Après un mouvement alambiqué à loisir, elle demande aux danseuses : « Et là, c’est possible de sauter ? » (sur pointes, of course).
Devant un enchevêtrement de bras, de jambes et de têtes, Marie-Agnès Gillot s’interroge : « ça passe là ? » (c’est d’ailleurs ce qu’on se demande aussi), avant de se montrer rassurante, devant la complexité des poses et des équilibres demandée, à la fois pour les danseuses mais aussi pour Vincent Chaillet, pilier courageux et résistant de l’ensemble : « ça va aller ». Et puis à 17h02, fin de la répétition –déjà-, MAG demande à ses danseurs de reprendre le passage qu’ils viennent de travailler et là, petit miracle, ce qui paraissait malaisé, compliqué, devient délié et fluide. Un beau travail de création et d’assimilation, servi par des danseurs dont la rapidité de mémorisation et d’adaptation m’étonnera toujours.
« Sous Apparence » sera à l’affiche au Palais Garnier, avec « Un jour ou deux » de Merce Cunningham, à partir du 31 octobre. Un mini-site a été créé pour l’événement.
D’autres comptes rendus : Le Petit Rat

2 Commentaires
Le prix de la plus belle arabesque de l’année pour Vincent Chaillet ? Je plussoie ! et c’est vrai que quand on voit ce que sont capables de faire les messieurs invités au Funny gala du World Ballet Festival au Japon (j’ai encore en tête la vidéo de José Martinez dans l’adage à la rose de la Belle…), on se dit qu’il y a là un potentiel gigantesque…
Le filage final, j’avoue que ça m’a aussi impressionnée. J’avais l’impression que les indications étaient données dans le flou, et puis non, sans rien marquer avant, les danseurs ont été capables de tout refaire. C’est vraiment le « geste qui prend vie », c’était assez fascinant.
Je reste plus réservée sur l’utilisation de la pointe masculine dans le passage que l’on a vu, je ne trouve pas que, sur le fond, ça apporte grand chose. Reste à voir le rendu final !