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Clairemarie Osta, les adieux : le film

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Le 13 mai dernier, Clairemarie Osta, danseuse étoile de l’Opéra de Paris, faisait ses adieux à la scène, en compagnie de son mari, Nicolas Le Riche dans l’Histoire de Manon de Kenneth MacMillan. Cette journée particulière ainsi que les semaines de répétitions et d’essayages l’ayant précédé, ont fait l’objet d’un film présenté mercredi soir, au studio Bastille, en présence de Clairemarie Osta.

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Clairemarie Osta et Nicolas Le Riche dans l’Histoire de Manon

J-52 : le documentaire débute lors des premières répétitions de Clairemarie Osta et Nicolas Le Riche. Les danseurs, qui ont déjà interprété les rôles-titres du ballet de MacMillan (Manon et Des Grieux) retrouvent leurs personnages, sous la houlette de Patricia Ruanne. « Le corps a une mémoire dont on est surpris », livre Clairemarie Osta. Regarder ces deux artistes évoluer ensemble, retrouver leurs marques, écouter d’un air presque intimidé les remarques de la répétitrice, est un moment de pur bonheur… N’ayons pas peur des mots.

Et c’est sans doute l’une des réussites de ce documentaire. La caméra d’A.D. Duval, souvent à l’épaule, semble se fondre dans le décor, saisissant au vol des regards, des sourires, une complicité, un talent aussi sur lequel l’âge ne semble pas avoir de prise. Au fil des répétitions égrenées sous forme de « J-32 », « J-26 », « J-11… », la rencontre des danseurs avec leurs personnages s’approfondit entre ajustements, accomplissements et moments de doute aussi, comme lors du Pas de deux final où Clairemarie Osta et Nicolas Le Riche cherchent leurs marques pendant les portés assez périlleux scandant l’agonie de Manon : « Je sens comme Patty. Tu es préoccupée » lance Nicolas Le Riche à sa partenaire.

Les interviews de Clairemarie Osta et les extraits filmés du ballet sur scène viennent apporter un contrepoint aux images de répétitions, rythmant le documentaire plutôt efficacement. Le réalisateur s’attache également à filmer les essayages de costumes et de perruques de Clairemarie Osta, documentant ainsi les différentes étapes de reprise d’un ballet et montrant une danseuse étoile, dont le visage offert à la caméra sans fards, laisse entrapercevoir une personnalité simple et attachante, sobre et intelligente,  déjà révélée, il y a une dizaine d’années, dans  le documentaire « Tout près des étoiles », réalisé par Nils Tavernier.

Autre temps fort du film : le travail avec les autres danseurs, ce moment où, comme l’explique Clairemarie Osta, les solistes, délaissant pour un (petit) temps leurs séances de travail solitaires, montrent et confrontent leur travail, construisant et nourrissant ainsi leurs personnages dans ce rapport aux autres. La caméra d’A.D. Duval filme ainsi le couple au milieu de cette ruche bourdonnante, où chacun travaille, se place, s’ajuste aux autres… Images pas si fréquentes, que l’on aimerait voir plus souvent.

Le film continue sur sa lancée chronologique pour atteindre son acmé dramatique : la journée des adieux. Le réalisateur jalonne cette dernière séquence d’un compte à rebours : l’arrivée à Garnier quatre heures avant le spectacle (en matinée), la barre du matin pendant laquelle Clairemarie Osta essaie de dissimuler son émotion, le maquillage, moment où la danseuse commence à faire corps avec son personnage, la coiffure, les derniers échauffements dans le foyer de la danse, où l’on voit Nicolas Le Riche, à un moment assis par terre, regarder sa femme esquisser quelques pas. Puis, les dernières minutes avant le lever de rideau pendant lesquelles Clairemarie Osta s’isole : « Je suis en train d’accueillir le personnage », l’entrée en scène, les temps de respiration pendant les entractes jusqu’au salut final dont les images se mêlent au discours de la danseuse, après le spectacle. Un discours très émouvant, sous les yeux d’un Nicolas Le Riche encore plus ému.

La réussite du réalisateur est d’avoir su, tout au long de cette dernière journée, capter au plus près ces instants d’émotion, d’impatience, de nervosité, ces moments de passage de l’ombre à la lumière comme si le spectateur tenait lui-même la caméra et pouvait scruter de près le visage de Clairemarie Osta, ses pieds qui s’échauffent, ses pointes qui s’apprêtent à fouler le sol de Garnier, ses mains et ses doigts qui se tordent un peu avant l’entrée sur scène. On partage et on ressent (presque) cette émotion des dernières coulisses, des derniers passages sur scène, des derniers saluts face au public (Clairemarie Osta ayant ensuite dansé lors de la tournée d’été du Ballet de l’Opéra de Paris aux Etats-Unis) .

Reste à espérer que ce documentaire fasse prochainement l’objet d’une sortie en DVD. Il serait dommage de se priver de telles images, bel hommage rendu à une danseuse discrète et talentueuse et à son art.

D’autres comptes rendus : Danses avec la plume, le Petit Rat

La sélection vidéo du mois

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La sélection vidéo du mois est consacrée à Clairemarie Osta, danseuse étoile qui vient de fêter son départ à la retraite sur la scène du Palais Garnier, dans le rôle de Manon, le 13 mai dernier.

Voici donc un extrait du premier acte de l’Histoire de Manon de Kenneth MacMillan, qui vient tout juste d’être mis en ligne sur YT. Manon (Clairemarie Osta) et Des Grieux (interprété par Nicolas Le Riche) viennent de se rencontrer…

L’Histoire de Manon : Première !

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Première de l’Histoire de Manon de Kenneth MacMillan, au Palais Garnier avec Clairemarie Osta (Manon), Nicolas Le Riche (Des Grieux), Alice Renavand (La maîtresse de Lescaut) et Stéphane Bullion (Lescaut).

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Clairemarie Osta et Nicolas Le Riche

Ce ballet, tiré du roman de l’abbé Prévost, « l’Histoire du Chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut », a été créé par Kenneth MacMillan en 1974 pour le Ballet Royal de Londres. L’œuvre est entrée au répertoire de l’Opéra de Paris en 1990.

Pour incarner le personnage à multiples facettes de Manon Lescaut, partagée entre son amour pour le Chevalier Des Grieux et son désir d’une vie luxueuse, du moins à l’abri de la pauvreté, Clairemarie Osta, qui fera sa dernière apparition en tant que danseuse étoile le 13 mai (42 ans et demi, l’âge de la retraite…). A ses côtés, dans le rôle de Des Grieux, Nicolas Le Riche, son mari à la ville. Le couple, qui a par ailleurs peu dansé ensemble, avait déjà incarné, il y a dix ans, ces amants malheureux. Stéphane Bullion interprète, pour sa part, le rôle de Lescaut, frère de Manon, mais aussi militaire, cynique, canaille et souteneur à ses heures. Ce jeune homme peu fréquentable a une maîtresse, incarnée par Alice Renavand, que l’on retrouve avec  plaisir dans un rôle de soliste classique.

Je n’ai pas eu de coup de foudre pour ce ballet, loin des émotions que j’ai pu ressentir en regardant une Dame aux Camélias ou un Onéguine. J’y ai trouvé quelques longueurs et je ne suis pas fan de la fin du troisième acte. Bien sûr, il y a de jolis moments : les Pas de deux de la Chambre des premier et deuxième actes, la beuverie de Lescaut, les retrouvailles compliquées de Manon et Des Grieux à l’hôtel de Transylvanie… Le style MacMillan laisse pleinement s’exprimer l’émotion des personnages, notamment pendant les Pas de deux, lyriques et passionnés. Mais il m’a manqué un souffle, un trait d’union supplémentaire… Est-ce dû à la chorégraphie ou à la façon dont le ballet de l’Opéra de Paris s’est approprié l’histoire et le style du chorégraphe ? Impressions à confirmer ou à infirmer au fil des représentations et des distributions.

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Clairemarie Osta est une Manon douce, fragile, ballottée par les événements, indécise, très crédible tout au long du ballet et particulièrement émouvante au troisième acte. Comme toujours, Clairemarie Osta sait allier technique, musicalité et intelligence de l’interprétation, toujours juste sans trop en faire. A ses côtés, Nicolas Le Riche m’a laissé un sentiment plus mitigé, notamment au premier acte où il apparaissait un peu en retrait. C’est dans l’adversité, la confrontation, le doute aux deuxième et troisième actes, qu’il m’a semblé donner sa pleine mesure, tant sur le plan technique que sur celui de l’interprétation. Le deuxième Pas de deux de la chambre était, à ce titre, très réussi.

Stéphane Bullion m’a très agréablement surprise en Lescaut, livrant une pantomime convaincante et toujours très lisible (et pourtant, je n’étais pas proche de la scène). C’est surtout dans le deuxième acte qu’il a livré une facette de sa personnalité artistique que l’on ne voit pas souvent… à savoir son potentiel comique. Je me suis beaucoup amusée en voyant ce Lescaut rond comme une barrique, accumulant les pitreries tout au long du deuxième acte (même lorsque les projecteurs n’étaient plus braqués sur lui), et formant avec Alice Renavand, un duo assez irrésistible. Ces deux-là s’entendent à merveille pour former ce couple boiteux et décadent. Alice Renavand prouve, par ailleurs, qu’elle a aussi de l’aisance et de la personnalité dans le registre classique et j’ai hâte de la voir dans d’autres rôles de ce type, un peu plus étoffés et qui lui permettraient de montrer l’étendue de son potentiel, dont on a pu avoir un joli aperçu hier soir.

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Alice Renavand et Stéphane Bullion

Un mot aussi de Stéphane Phavorin, en Monsieur de G. M., dont la théâtralité ne semble jamais être mise en défaut. Le pas de trois malsain avec Lescaut et Manon au premier acte a été, pour moi, l’un des moments les plus réussis de la soirée.

Au final, j’ai hâte de revoir ce ballet en fin de série pour voir comment le corps de ballet (très investi au deuxième acte!) et les solistes l’auront fait vivre et évoluer d’ici là.

D’autres avis, présents ou à venir : le forum dansomanie, le Petit Rat, Joël, Klari

Jerome Robbins / Mats Ek : deuxième !

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Représentation du 21 mars au Palais Garnier. Quelques impressions…

Nicolas Le Riche, Clairemarie Osta et Mathieu Ganio

Nicolas Le Riche, Clairemarie Osta et Mathieu Ganio

Après la Première, retour à Garnier pour voir d’autres distributions à l’œuvre dans Dances at a gathering de Jerome Robbins et Appartement de Mats Ek.

Au programme du (toujours longuet) Dances at a gathering, distribution mixte avec des solistes vus lors de la Première (Mathieu Ganio, Benjamin Pech, Mélanie Hurel, Eve Grinsztajn et Agnès Letestu) et des « p’tits nouveaux » (Nolwenn Daniel, Clairemarie Osta, Nicolas Le Riche, Nicolas Paul et Emmanuel Thibault).

J’ai beaucoup aimé la prestation du duo Clairemarie Osta (en rose) et Nicolas Le Riche (en violet), complice et inspiré avec un coup de cœur tout particulier pour Clairemarie Osta dont la danse aérienne et délicate fait plaisir à voir. Mathieu Ganio (en brun) est également au meilleur de sa forme, avec toujours beaucoup d’élégance et de délié dans les mouvements. Enfin, Eve Grinsztajn (en mauve) m’a paru plus assurée que lors de la Première et sa personnalité s’affirmait pleinement ce soir. J’ai, en revanche, préféré à la prestation du couple Nolwenn Daniel (en jaune) / Emmanuel Thibault (en rouge brique), celle du duo Muriel Zusperreguy / Alessio Carbone lors de la Première. Il manque aux premiers un peu de la grâce enfantine qui fait le charme des derniers.

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Appartement de Mats Ek. Je ne m’en lasse pas ! Cette fois-ci, distribution totalement différente de celle de la Première (exceptée Marie-Agnès Gillot qui remplace Laëtitia Pujol, initialement programmée). Très intéressant de  voir comment une nouvelle distribution s’empare d’une telle œuvre. La différence d’interprétation la plus flagrante vient certainement du Pas de deux de La Porte. Là où Nicolas Le Riche et Alice Renavand étaient d’une sensualité (euh…plutôt redoutable), Ludmila Pagliero et Stéphane Bullion offrent une grille de lecture différente, plus intériorisée, un peu trop pudique à mon goût mais avec d’autres détails, d’autres nuances…

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Ludmila Pagliero et Stéphane Bullion

Alessio Carbone et Muriel Zusperreguy campent un couple « de la cuisine » plutôt convaincant même si on ne retrouve pas tout à fait la tension du couple Clairemarie Osta / Jérémie Bélingard (dont le côté félin faisait, par ailleurs, merveille dans cette chorégraphie). Vincent Chaillet, qui succède pour sa part à José Martinez, ne démérite pas devant la télévision et sa silhouette longiline s’enroule et se déroule avec aisance le long du fauteuil.

Soulignons également la belle énergie de Caroline Robert et Vincent Cordier, la danse bondissante de Daniel Stokes (si c’était bien lui) et le trio Letizia Galloni, Charlotte Ranson et Alexandre Gasse. Au final, une belle deuxième partie de soirée même si globalement, j’avoue avoir une préférence pour la première distribution.

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Marie-Agnès Gillot et Vincent Chaillet

Jerome Robbins / Mats EK : Première !

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Première au Palais Garnier de la soirée Jerome Robbins / Mats Ek. Deux chorégraphes, deux ballets : Dances at a gathering et Appartement. Grand écart entre valses et marche des aspirateurs…

Dances at a gathering de Jerome Robbins

Dances at at gathering

Créé en 1969 pour le New York City Ballet, Dances at a gathering met en scène dix danseurs, cinq filles, cinq garçons. Pas de narration, mais des rencontres, des chassés-croisés, des jeux, « … comme si les danseurs étaient propulsés par des rafales de vent, des impulsions soudaines ou comme si une rêverie déclenchait le geste »*. On retrouve un vocabulaire classique émaillé de quelques postures plus jazzy, avec utilisation d’angles et de lignes notamment dans les bras, les poignets.

Ce Dances at a gathering est long : 63 minutes qui prennent tout leur temps pour s’écouler (et s’étirer) sur la musique de Chopin. Heureusement, le ballet de l’Opéra de Paris y est fort à son aise. Mathieu Ganio (en marron) fait une belle entrée en matière, gracile et élégant. Muriel Zusperreguy (en jaune), lumineuse, nous offre un très joli moment de badinage, drôle et enlevé avec le pétillant Alessio Carbone. Ludmila Pagliero (en rose) se distingue, quant à elle, par une technique affûtée et précise, tout en aisance.

Le pas de six de la grande Valse brillante (Eve Grinsztajn, Mélanie Hurel, Muriel Zusperreguy, Christophe Duquenne, Karl Paquette, Benjamin Pech) très réussi, clôturé par une série de portés virevoltants, se révèle fort agréable à regarder. Et je n’oublie pas la présence d’Agnès Letestu (en vert), qu’on aurait tout de même aimé voir un peu plus, son rôle me paraissant à la limite de l’anecdotique.

Au final, une grande valse plaisante et rondement menée, à défaut d’être totalement entraînante.

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Karl Paquette et Muriel Zusperreguy

 

Appartement de Mats Ek

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C’est une œuvre qu’il faut voir au moins une fois. Déroutante, poétique, amusante, absurde, triviale, du Mats Ek pur jus avec, en prime, un groupe live sur scène, « le Fleshquartet » (et une partition au moins aussi inspirée que la chorégraphie). S’ancrant comme très souvent chez Mats Ek dans le quotidien, Appartement nous amène d’un bidet à une télévision, d’une cuisinière à une porte en passant par une (géniale) marche des aspirateurs. Les danseurs sont totalement dedans. En même temps, du Mats Ek, ça ne se danse pas à moitié.

Marie-Agnès Gillot déploie avec énergie sa longue silhouette autour d’un bidet, José Martinez (quelle joie de le revoir !) promène élégamment son ennui et sa solitude devant une télévision, Jérémie Bélingard et Clairemarie Osta nous donnent à voir un couple si ordinaire en apparence et pourtant… derrière la porte du four…

Nicolas Le Riche derrière la Porte, saisit une Alice Renavand, vibrante de sensualité dans un Pas de deux qui reste, pour moi, l’un des plus beaux moments de cette Å“uvre, tandis qu’Adrien Couvez, Laure Muret, Audric Bezart, Amandine Albisson, Nolwenn Daniel, Simon Valastro animent les autres tranches de vie avec panache. Le final réunissant l’ensemble des danseurs sur l’avant-scène est un régal. J’ai envié les spectateurs du premier rang de l’orchestre…

Beaucoup d’applaudissements pour cet Appartement, pour les danseurs, les musiciens et Monsieur Mats Ek venu saluer lui aussi.

Jérémie Bélingard, Marie-Agnès Gillot, José Martinez et Alice Renavand

 

Mats Ek

Mats Ek au milieu des danseurs et des musiciens

 

*Programme de l’Opéra de Paris, Dances at a gathering par Deborah Jowitt

Soirée Mats Ek à Garnier : la Maison de Bernarda et Une sorte de…

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Première représentation Mats Ek à l’Opéra Garnier avec deux œuvres du chorégraphe suédois, « la Maison de Bernarda » et « Une sorte de… » créées respectivement en 1978 et 1997.

La Maison de Bernarda

Inspiré par la Maison de Bernarda Alba de l’écrivain Federico Garcia Lorca, ce ballet met en scène cinq sÅ“urs, vivant sous le joug de leur mère et condamnées à vivre recluses après la mort de leur père. Une servante, tour à tour craintive, initiatrice et protectrice, complète le tableau. Deux hommes dans ce gynécée : un technicien et un homme ou plutôt l’Homme. Celui auquel l’aînée des sÅ“urs est destinée. Lui est surtout intéressé par sa dot et émoustillé par la plus jeune des sÅ“urs. Voilà pour le décor.

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José Martinez

José Martinez qui incarne la veuve Bernarda est hiératique, autoritaire, un peu effrayant tout en gardant une part de réserve et de sensibilité, qui rend sans doute son interprétation d’autant plus crédible. On pouvait sentir lors de la scène avec la figure religieuse une vraie solitude chez ce personnage. Tout d’un coup, la veuve Bernarda tombe le masque, avant d’endosser à nouveau ses habits de veuve inoxydable. A une interprétation maîtrisée et tout en subtilité, José Martinez allie des développés fluides, une danse précise, soignée. J’ai hâte maintenant de voir la proposition de Kader Belarbi dans ce rôle.

Marie-Agnès Gillot est la servante. Sa première scène avec le technicien (Andrey Klemm) m’a laissée sur ma faim. J’aurais aimé la voir plus explosive (pas dans le cri, mais dans la danse). Sa prestation a été, par la suite, convaincante. La scène autour de la chaise avec les sœurs, juste après le départ de l’homme (Stéphane Bullion), était emmenée de main de maître. Marie-Agnès Gillot donne du corps à ce personnage et met en lumière la complexité des liens l’unissant à sa maîtresse et aux filles de cette dernière.

Les sœurs, justement. Elles sont donc cinq : les jumelles (Aurélia Bellet, Amélie Lamoureux), la sœur bossue (Clairemarie Osta), la sœur aînée (Ludmila Pagliero) et la sœur cadette (Charlotte Ranson). Cette fratrie fonctionne vraiment bien avec de très bonnes interprètes, faisant osciller leurs personnages entre soumission, jalousie, rébellion, désir et espoir. Clairemarie Osta est convaincante en sœur un peu frappadingue. Ludmila Pagliero est une sœur aînée plutôt émouvante, incarnant une femme qui a renoncé mais pas tout à fait, qui voudrait tant mais qui ne sait pas vraiment comment faire. Charlotte Ranson est la plus jeune des sœurs, celle qui a fait son choix (funeste) : celui de ne pas se résigner. Ce personnage de jeune fille rebelle, pleine de joie et d’espoir lui va à merveille. Le pas de deux, avec Stéphane Bullion, dans un silence quasi-religieux, était très réussi et permettait à Charlotte Ranson d’y montrer une autre facette de son personnage.

Inutile de vous dire que la mise en scène et la musique sont à l’unisson de cette Å“uvre (chef-d’œuvre ?) qui se vit plus qu’elle ne se raconte. Bref, un ballet qu’il serait vraiment dommage de ne pas aller voir. Et la confirmation pour ma part, de tout le bien que je pensais déjà de Mats Ek.

Saluts - Maison de Bernarda

Une sorte de…

Une œuvre entre rêve et réalité, un peu surréaliste (dans tous les sens du terme…). Première image et gros plan sur Nicolas Le Riche, assis sur le devant de la scène, affublé d’une sorte de manteau-redingote rose. Il regarde avec intensité une femme assise au premier rang justement : Nolwenn Daniel en costume d’homme. Le couple monte sur scène. Il lui enlève sa chaussure, qui devient chapeau puis brosse à reluire. Ça se parle, ça se cherche, ça se protège. Nolwenn Daniel finit dans une valise emmenée par Nicolas le Riche, qui ouvre ainsi une autre profondeur de champ sur la scène.

Des personnages surgissent ensuite derrière un mur, crevant des ballons (on peut y voir tous les symboles qu’on veut). Ils crient, courent, s’agitent en tous sens. Le deuxième tiers du ballet, plus calme, m’a un peu perdue en route, malgré la présence rayonnante de Miteki Kudo. Mon intérêt s’est ranimé avec le Pas des garçons, rondement et énergiquement mené, puis avec cette course effrénée des personnages, semblant hésiter entre burlesque et sinistre. Le premier couple revient. L’ambiance n’a pas l’air d’être à la fête, même s’ils ont retrouvé, elle son manteau, lui son costume. Nicolas Le Riche s’endort tout seul en ronflant.

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Nolwenn Daniel et Nicolas Le Riche

C’est un ballet très différent de la Maison de Bernarda mais qui donne à voir une autre facette du chorégraphe. Pour résumer, c’est assez barré, un poil inégal dans l’intensité mais somme toute, plutôt réjouissant à regarder avec une scénographie vraiment intéressante (et les danseurs ont l’air de s’éclater).

Cette soirée Mats Ek est à l’affiche à Garnier jusqu’au 29 avril. Et pour vous donner un bel aperçu en images de ces deux oeuvres, voici l’adresse d’un blog : celui d’Anne Deniau, qui vient de publier de superbes photos de cette soirée. Cliquer ici et là.  

Mats Ek

Le chorégraphe Mats Ek, très applaudi

Caligula : deux soirées et deux distributions…

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… avec pour la représentation filmée du 8 février, Stéphane Bullion (Caligula), Clairemarie Osta (La Lune), Aurélien Houette (Chaerea), Nicolas Paul (Mnester) et Eleonora Abbagnato (Caesonia).
Et le 9 février, toujours Stéphane Bullion et Nicolas Paul accompagnés de Muriel Zusperreguy (La Lune), Adrien Couvez (Chaerea) et Miteki Kudo (Caesonia). Sans oublier Mathias Heymann, toujours dans le rôle (sous-dimensionné pour lui) du cheval Incitatus.

Mardi soir, je n’ai pu résister à la tentation de regarder la retransmission en direct de Caligula. J’en profite pour saluer cette heureuse initiative qui, je l’espère, s’étendra à de nombreux ballets du répertoire. Cette retransmission a été, pour moi, l’occasion de revoir la distribution qui officiait déjà le jour de la Générale et de confirmer mes toutes premières impressions. Mercredi soir, changements de rôles, avec notamment Muriel Zusperreguy dans le rôle de la Lune et la toujours aussi gracieuse Miteki Kudo en épouse de Caligula.  

Caligula : Stéphane Bullion ici avec Muriel Zusperreguy

Caligula : Stéphane Bullion ici avec Muriel Zusperreguy

Commençons par le rôle titre : Caligula incarné par Stéphane Bullion (en alternance avec Mathieu Ganio). J’ai beaucoup aimé sa proposition. Si, sur le plan technique, ma préférence va à Mathieu Ganio pour la pureté et la précision du mouvement, au plan de l’interprétation, j’ai trouvé Stéphane Bullion investi, maniant la férocité, la tristesse, le désir et la folie avec beaucoup de naturel et de conviction. Les (trop rares) gros plans que l’on pouvait voir pendant le live montraient plus en détails son jeu tout en nuances.

Par ailleurs, son partenariat avec Clairemarie Osta est une des grandes réussites de ce ballet. Elle, si légère, si aérienne, si menue, telle une « plume-lune » dans les bras du puissant terrien Bullion-Caligula. La Lune justement… autre rôle titre, même si on ne la voit finalement pas tant que ça. Si Laëtitia Pujol, qui dansait avec Mathieu Ganio et Muriel Zusperreguy n’ont pas démérité, Clairemarie Osta est, à mon sens, parfaite dans ce rôle : évanescente, aérienne, vision insaisissable au destin tragique.

Dans le rôle de Chaerea le Sénateur, gros coup de cÅ“ur pour Aurélien Houette. Quel charisme ! Que ne lui a-t-on pas donné la chance d’incarner Caligula. Il aurait pu y faire de très belles choses. Eleonora Abbagnato en épouse de Caligula est impériale et Miteki Kudo, tout en grâce et en finesse dans ce même rôle (oh ce solo, tout au début du ballet, avec ces bras si déliés. Moi, qui trouvait cette entrée en matière plutôt inspide, je l’ai regardée d’un tout autre oeil ce soir). 

Nicolas Paul campe, pour sa part, un Mnester convaincant et plutôt inspiré mais j’ai préféré la prestation de Stéphane Bullion qui danse ce rôle en alternance avec Caligula. Enfin, petite déception ce soir en regardant évoluer les sénateurs et les suivantes. Je les ai trouvés moins affûtés, moins synchrones que mercredi dernier, notamment. Les belles lumières de Dominique Bruguière n’y ont rien fait. J’ai eu du mal à rentrer dans les tableaux de l’acte III.

Au final, un ballet transcendé par ses solistes mais qui ne m’a pas transcendée, même si l’on assiste à de jolis moments. Il y a de bons ingrédients, des partis pris intéressants mais le tout manque (à mon sens) d’ampleur, peut-être d’une réelle unité chorégraphique.

La représentation filmée du 8 février est visible sur www.medici.tv (c’est gratuit mais il faut s’inscrire). Le ballet reste à l’affiche à Garnier jusqu’au 24 février.

Caligula : saluts de la représentation du 9 février 2011

De gauche à droite : Adrien Couvez, Miteki Kudo, Frédéric Laroque, Muriel Zusperreguy, Stéphane Bullion, Mathias Heymann et Nicolas Paul