Retour sur la Première du ballet La Bayadère, version Rudolf Noureev. Dans les rôles-titres, Aurélie Dupont (Nikiya), Dorothée Gilbert (Gamzatti) et… Josua Hoffalt (Solor) nommé danseur étoile à l’issue de cette représentation.

Aurélie Dupont et Josua Hoffalt
Mercredi 7 mars. Effervescence habituelle des soirées de Première, avec ce soir-là une interrogation, une rumeur : Josua Hoffalt allait-il être nommé danseur étoile ? On en parlait depuis Cendrillon en décembre dernier … La configuration de cette soirée semblait idéale : une Première, deux danseuses étoiles à ses côtés et Brigitte Lefèvre, directrice de la danse à l’Opéra de Paris, sur des talons aiguilles. Tout laissait croire que nous allions avoir droit à un beau final.
Avant de rentrer dans les détails de cette soiréee, revenons brièvement sur cette Bayadère. Ce ballet narre les amours impossibles de la danseuse sacrée, Nikiya (La Bayadère) et du noble guerrier Solor, tenu d’épouser Gamzatti, la fille du Rajah. Nikiya, perçue comme un trop grand danger, meurt, « piquée » par un serpent placé à dessein dans une corbeille de fleurs remise par la servante de Gamzatti. Solor est éploré. Rongé par le chagrin, il la rejoint en rêve (acte blanc). Les deux amants se retrouvent.

Au premier plan, Dorothée Gilbert et Josua Hoffalt. Second rang : Emmanuel Thibault, Charline Giezendanner et Allister Madin
Acte I. L’acte des amours de Solor et de Nikiya, mais aussi de l’entrée en scène de Gamzatti. Plusieurs temps forts : bien sûr, le premier pas de deux de Solor et de la danseuse sacrée, croyant encore à leur bonheur. J’ai trouvé Josua Hoffalt tout à fait crédible en jeune amoureux, Aurélie Dupont tendre et musicale à souhait bien qu’un peu raide au niveau du dos – impression qui allait se confirmer au deuxième acte.
La confrontation finale entre Gamzatti et Nikiya était un régal. Du haut de mon deuxième balcon, je percevais avec beaucoup de clarté le désespoir et la colère de ces deux jeunes femmes. Dorothée Gilbert, regard noir et troublé, à la fois décidée, dure et désemparée. Aurélie Dupont, digne et désespérée, prête à aller jusqu’au bout pour sauver son amour avec Solor.
Yann Saïz (le Grand Brahmane amoureux -lui aussi- de Nikiya) et Stéphane Phavorin (Le Rajah, père de Gamzatti), ont su trouver une interprétation très juste de leurs personnages. Très souvent, la pantomime m’ennuie, mais ici, l’action, les sentiments étaient interprétés de manière ample, précise, reflétant parfaitement la détermination du Rajah sans scrupules et les états d’âme du Grand Brahmane.
Enfin, le corps de ballet masculin m’a paru très en place, tant les Hindous menés par Allister Madin que les kshatriyas, amis de Solor.
Acte II. Les fiancailles de Gamzatti et de Solor, l’acte du Drame (oui, avec un grand D).
Quelques impressions avant d’en venir aux interprètes principaux : des petits ajustements encore pour le corps de ballet féminin, qui n’était pas toujours bien aligné (et oui, du haut du deuxième balcon à Bastille, tout se voit…) ; le retour d’Emmanuel Thibault en idole dorée, pas forcément spectaculaire – même si son costume l’était – mais précis, avec un beau travail des bras et des mains. Egalement, Mathilde Froustey dans la danse Manou, attachante, même si je la trouve bien à l’étroit dans un tel registre (vivement sa prise de rôle en Gamzatti !). Enfin, la danse indienne, qui se taille toujours un beau succès très mérité.

Dorothée Gilbert a, pour sa part, campé une Gamzatti techniquement sûre, très concentrée pendant sa première variation, relevant ensuite sans difficultés le challenge des fouettés et formant avec Josua Hoffalt un couple solide. Josua Hoffalt a réalisé, de son côté, une fort jolie variation, très applaudie et qu’il pourra sans doute danser de manière plus libérée, une fois le stress de la nomination passé.
La prestation d’Aurélie Dupont en Nikiya est, pour moi, plus contrastée. Si je ne suis pas fan des contorsions de gymnaste, le manque d’abandon au niveau du buste pendant la variation de Nikiya m’a gênée. Au travers de ce buste qui se ploie, c’est pour moi le désespoir de La Bayadère qui s’exprime. Je ne sais pas s’il s’agit d’un parti pris ou d’un problème de dos qui a empêché Aurélie Dupont d’aller plus loin. La variation de la corbeille était, en revanche, très en place et la scène de la mort de Nikiya toujours émouvante.
Acte III. L’acte blanc, avec un corps de ballet féminin superbe. Certes, les longs équilibres de Noureev sont parfois difficiles à tenir mais quel ensemble ! L’expression « corps de ballet » me semble ici prendre tout son sens. Très beau travail de Charline Giezendanner qui dansait la deuxième ombre et semblait très affûtée.
Quant au couple principal, il fonctionnait très bien. Aurélie Dupont danse toujours de manière aussi musicale et réussit, au son des violons, à mettre de l’émotion dans ses développés (si, si, le concept des « développés émouvants » existe). Pour Josua Hoffalt, le troisième acte s’est déroulé sans encombres (j’avoue en avoir été tendue pour lui), même si le manège des tours doubles-assemblés est passé tout juste…
Mais pour moi, qu’importe, la magie cet acte blanc a fonctionné. Et débarrassés de la tension de cette Première et de cette nomination qui n’était plus vraiment un secret pour personne, les danseurs, notamment les solistes, pourront sans doute davantage se libérer lors des représentations ultérieures.

Vous connaissez la suite ! – voir post juste en-dessous. Et pour en savoir plus sur les impressions de Josua Hoffalt, voici un lien vers une interview du danseur, réalisée juste après sa nomination. Par ailleurs, du côté de Youtube, vous trouverez beaucoup de vidéos de la nomination mais aussi du ballet.

Merci à Elendae pour cette photo!
D’autres avis : le blog du Petit rat, Danse Opéra et Danses avec la plume