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Concours de promotion du corps de ballet de l’Opéra de Paris

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Retour sur le concours de promotion interne du Ballet de l’Opéra de Paris qui, comme chaque année, a amené son lot de surprises, de bonnes nouvelles et de déconvenues. Quelques impressions donc, éminemment subjectives, partiales et partielles.

Résultats_concours_promotion_filles

Chaque année, les regards des balletomanes se tournent vers le Palais Garnier et la grand-messe du concours de promotion, qui permet à quelques danseurs, selon le nombre de postes ouverts, de gravir un échelon de la hiérarchie du corps de ballet. Les quadrilles espèrent ainsi passer coryphées, les coryphées sujets et les sujets premiers danseurs (les danseuses et danseurs étoiles étant, pour leur part, nommés par le Directeur de l’Opéra de Paris, sur proposition de la Directrice de la danse).

Chez les dames

Je n’ai pu voir que la classe des sujets. Je ne commenterai donc pas les prestations des quadrilles et des coryphées. Ma seule réaction, à la vue des résultats de ces deux dernières classes, a été… de ne pas être surprise (cf. mes pronostics sur le blog d’Amélie). Chez les quadrilles, Sae Eun Park, Emilie Hasboun et Marion Barbeau sont promues. Chez les coryphées, Eléonore Guérineau accède (enfin !) au rang de sujet, de même que Marine Ganio que je trouve très talentueuse et Pauline Verdusen, danseuse solide qu’il sera intéressant de voir évoluer dans des rôles de demi-soliste. Petit pincement au cœur pour Charlotte Ranson, qui ne fait pas partie des élues mais je ne doute pas que son tour vienne un jour.

Venons-en à la classe des sujets. En jeu, cette fois-ci, un seul poste de Première danseuse. Premier passage avec la variation imposée extraite de l’acte II du Lac des Cygnes. Héloïse Bourdon a incarné pour moi la plus belle Odette. Beaucoup de fluidité tout au long de sa variation, de maîtrise technique avec, pour couronner le tout, un fort joli travail des bras. J’ai également apprécié les prestations de Sarah Kora Dayanova, Valentine Colasante et Mathilde Froustey (qui m’a semblé un peu fébrile).

Dans les variations libres, j’ai eu un coup de cœur pour la prestation d’Aurélia Bellet dans Bhakti III de Maurice Béjart. La danseuse a montré, avec cette variation, un tempérament que je ne lui soupçonnais pas. Sarah Kora Dayanova avait choisi la première variation d’Other Dances de Jerome Robbins qui lui allait à ravir tandis que Sabrina Mallem a dansé avec panache un extrait de Sylvia de George Balanchine. Joli concours également pour Caroline Robert, qui s’est révélée solide tant dans la variation libre que l’imposée. Au final, Valentine Colasante est promue Première danseuse, un peu à la surprise générale (non pas qu’elle ait démérité mais ce n’est pas forcément celle qu’on attendait), devant Amandine Albisson, Aurélia Bellet et Héloïse Bourdon. Mathilde Froustey, comme l’an dernier, n’est pas classée. Il y a tout de même des choses bien difficiles à comprendre…

Bourdon_Madin_Colasante_Ibot

Heloïse Bourdon à gauche et Valentine Colasante, à droite lors de la dernière reprise de La Bayadère. A leurs côtés, Allister Madin en Idole dorée et Axel Ibot en Fakir

Chez les messieurs

Et on commence avec la classe des quadrilles, où de bien jolies personnalités artistiques se détachent. Variation imposée extraite de la Sylphide, avec la première variation de James de l’acte II. J’ai beaucoup aimé la prestation d’Alexandre Labrot, que j’avais déjà remarqué l’an dernier, musical, solide techniquement, ainsi que celles d’Hugo Marchand qui capte l’attention dès son entrée sur scène et de Florent Mélac, malgré sa petite chute. Dans les variations libres, c’est encore une fois Hugo Marchand, sur la Mazurka de Suite en Blanc et Alexandre Labrot (Giselle, variation du Pas de deux des Paysans) qui ont retenu mon attention. Mathieu Contat a fait un choix courageux avec une variation du Prince Siegfried extraite de l’acte III du Lac des Cygnes dont il s’est bien tiré, tout comme Germain Louvet qui avait, quant à lui, choisi une variation de La Fille mal gardée.

Au final, ce sont Jérémy-Loup Quer (dont j’ai aimé l’imposée, moins la libre) et Mathieu Contat qui sont promus coryphées. Hugo Marchand et Alexandre Labrot sont respectivement 4e et 5e.

Résultats_Concours_promotion_hommes

Photo - Le petit Rat

On continue avec la classe des coryphées, toujours très intéressante. L’imposée était une difficile Mazurka tirée d’Etudes d’Harald Lander. François Alu y a été époustouflant, placement et tours parfaits. Rien à redire. J’ai beaucoup aimé le travail de Yann Chailloux, très musical, d’Axel Ibot, aux lignes superbes et de Sébastien Bertaud. Pour les variations libres, c’est un peu la même chose, François Alu a fait preuve d’un abattage incroyable dans La Bayadère, en donnant une telle impression de facilité, là où certains danseurs solistes peinent à surmonter les difficultés chorégraphiques. L’AREPO d’Axel Ibot n’a pas fait l’unanimité chez les balletomanes mais je dois dire que j’ai (silencieusement) applaudi des deux mains et des deux pieds. Grégory Dominiak a interprété avec beaucoup de présence scénique et de hiératisme les sept danses grecques de Maurice Béjart. Prestations intéressantes également de Sébastien Bertaud, fougueux Don José, d’Yvon Demol dans Sylvia de John Neumeier et de Maxime Thomas dans Nouvelle Lune d’Andy Degroat. Bref, vous l’aurez compris, de bien jolis moments passés en compagnie de ces messieurs.

Ce sont finalement François Alu (sans surprise) et Yann Chailloux qui sont promus sujets. Hugo Vigliotti, qui m’a moins séduite que d’habitude mais qui n’en reste pas moins un grand danseur, n’est pas classé, tout comme Sébastien Bertaud, toujours fin et pertinent. C’est fort dommage…

Enfin, la classe des sujets qui a eu fort à faire avec la troisième variation du Prince Désiré dans l’acte II de La Belle au Bois dormant. Voilà une variation qui en a éreinté plus d’un ! Audric Bezard, Allister Madin et Marc Moreau sont, pour moi, les danseurs qui s’en sont le mieux sortis, chacun dans leur style. Audric Bezard, tout en élégance, Allister Madin avec énergie et Marc Moreau, tout en musicalité.

Dans les variations libres, j’ai eu un petit coup de cœur pour Yannick Bittencourt avec Other Dances de Jerome Robbins, qui rendait justice à sa qualité de danse très fluide et très déliée. Audric Bezard a campé, pour sa part, un Don José très grand seigneur (j’ai toutefois préféré le mordant de Sébastien Bertaud) tandis qu’Allister Madin a interprété un AREPO tout à fait convaincant (même si ma prestation préférée reste celle d’Axel Ibot). J’ai retenu également l’assurance technique de Fabien Révillion en Prince Désiré de La Belle au bois dormant, version Rosella Hightower. Et puis, une petite pensée pour Florimond Lorieux en Rothbart, qui malgré ce qui a semblé être une chute, a fini sur un superbe manège.

C’est Audric Bezard qui remporte la mise et passe Premier danseur. J’ai hâte de le voir prendre ses marques de soliste. Voilà un artiste qui devrait faire preuve d’un beau tempérament.

Audric Bezard dans Appartement

Audric Bezard (au milieu) dans Appartement de Mats Ek - Photo (c) Syltren - blog Rêves impromptus

Et quels que soient les résultats, un grand bravo aux danseuses et aux danseurs qui ont passé le concours, qui a, au moins le mérite de permettre à chacun d’être dans la lumière et de pouvoir montrer une part de sa personnalité artistique.

Pour d’autres avis, d’autres comptes rendus, je vous invite à jeter un coup d’œil à ma blogroll dans la colonne de droite.

La Bayadère : Héloïse Bourdon / Stéphane Bullion / Ludmila Pagliero

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Compte rendu de la représentation du 24 mars (matinée), avec au programme deux belles prises de rôle : Héloïse Bourdon en Nikiya et François Alu en Idole dorée.

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Ludmila Pagliero, Stéphane Bullion et Héloïse Bourdon. Derrière : François Alu, Valentine Colasante et Hugo Vigliotti

Allez, on ne va pas tourner en rond… Une représentation, une révélation : Héloïse Bourdon. Je n’avais aucun a priori en allant assister à cette prise de rôle, juste de la curiosité et l’envie de voir la jeune génération à l’œuvre. Et bien, j’ai été bluffée par la prestation de la jeune femme, par son assurance (et ce, dès son entrée sur scène), sa grâce, sa maîtrise technique. Elle semblait heureuse d’être là, galvanisée et je l’étais pour elle. Autre belle découverte : François Alu qui m’avait époustouflée lors du dernier concours de promotion et qui a assuré la variation de l’Idole dorée avec beaucoup de panache.

Acte I. Que ce premier acte est long à démarrer… je ferais bien une petite synthèse chorégraphique et scénique des dix premières minutes. Premier temps fort : l’apparition de Nikiya. Heloïse Bourdon impose d’emblée son personnage, à la fois lumineuse, discrète et volontaire, résistant sans faillir aux avances du grand Brahmane. Dans le pas de deux de Nikiya et de Solor, elle semble tout à fait à l’aise, solide, souriante et amoureuse face à un Stéphane Bullion plus réservé, mais le duo fonctionne, ma foi, fort bien. Enfin, la confrontation avec Gamzatti, sous les traits d’une Ludmila Pagliero féroce à souhait, est tout à fait convaincante.

Le corps de ballet maintenant…. J’ai été moins enthousiasmée par la danse des Hindous, pas tout à fait en place. La danse « Djambo » m’a paru, en revanche, plus réussie que lors de la Première. Enfin, les amis de Solor, au début du deuxième tableau, sont toujours aussi impeccables.

Acte 2. J’avoue que seuls trois moments m’ont vraiment marquée : la variation de l’Idole dorée, interprétée avec brio par François Alu, actuellement coryphée dans le corps de ballet et très chaleureusement applaudi, à l’issue de sa prestation. La danse indienne menée par Hugo Vigliotti, Sabrina Mallem et Fabien Révillion est toujours très efficace et l’on se prend au jeu (et au rythme !).

Enfin, l’apparition de Nikiya à la fête des fiançailles constitue ce troisième temps fort avec une très belle prestation d’Héloïse Bourdon, précise, émouvante, musicale, avec un joli travail des bras et du haut du corps et ne cherchant pas la facilité (ah… ces retirés sur pointe suivi d’un équilibre arabesque sur pointe également). Et surtout une interprétation très juste de La Bayadère, entre fragilité, résignation et colère. Ma voisine me parlait d’application, mais de l’application comme ça, j’en veux tous les jours !

A noter également la très jolie prestation d’Aubane Philbert (était-ce bien elle ? J’ai eu du mal à la reconnaître) dans la danse Manou.

Les prestations de Stéphane Bullion et de Ludmila Pagliero m’ont laissée davantage sur ma faim. J’ai trouvé Stéphane Bullion un peu éteint et Ludmila Pagliero moins brillante que ce que son énergie au premier acte pouvait laisser prévoir (il faut dire aussi qu’elle assure en ce moment trois ballets, dont la Bayadère, ballet sur lequel elle a été appelée en renfort à la dernière minute, ceci pouvant expliquer cela. Elle remplaçait d’ailleurs cet après-midi Sarah Kora Dayanova).

Acte 3 avec une Héloïse Bourdon toujours inspirée (malgré un petit incident pendant la variation du voile), un Stéphane Bullion davantage à son aise et des ombres plutôt vaillantes… Encore une fois, Héloïse Bourdon m’a très agréablement surprise par sa technique et sa grâce, ne se laissant pas déconcentrer lors du petit incident avec le voile. Stéphane Bullion, s’il n’a pas l’élévation de certains de ses collègues, assure ce troisième acte avec le style qui est le sien, parvenant à triompher des méchants tours de doubles assemblés. Il s’avère être également un très bon partenaire, bien accordé à Héloïse Bourdon, offrant ainsi au public un duo fluide et enthousiasmant.

Belle prestation, par ailleurs, de Laurène Levy en troisième ombre tandis que Valentine Colasante nous a gratifiés d’un bel équilibre arabesque au terme de la deuxième variation.

A la fin, beaucoup d’applaudissements, notamment pour Héloïse Bourdon et Stéphane Bullion. Rappelons qu’Héloïse Bourdon, actuellement sujet à l’Opéra de Paris, a 20 ans (ça promet…).

Bourdon_Bullion

D’autres avis : Une passionnée, le forum Dansomanie